• Crise obligataire et budgétaire: Vers la faillite des Usa?

    Crise obligataire et budgétaire: Vers la faillite des Usa?

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    08/04/2011 - Après le QE2 le déluge?
     
    Dans sa dernière lettre mensuelle, le gérant du plus gros fonds obligataire au monde, Bill Gross, parle du 30 juin 2011 comme le jour J. Pour le gérant de Pimco, la fin du QE2 va entraîner une apocalypse sur les treasuries. 

     
    La FED n'achètera plus les obligations d'état américaines dans le cadre de son programme, et personne ne souhaitant prendre le relais, le krach serait inévitable... Voici pourquoi nous ne sommes pas d'accord avec cette analyse.
     
    En ce qui concerne les prophéties de M.Gross, nous évoquions déjà ici les raisons pour lesquelles nous pensons que le fait qu'il ait vendu la totalité des obligations d'états américaines de son portefeuille n'a pas beaucoup d'importance.
     
    Mais plus sérieusement, on peut effectivement se demander ce qu'il va se passer à l'issue du QE2. Qui en effet va acheter les treasuries si ce n'est plus la FED qui le fait ? Quelle seront les conséquences de la fin du QE2 ?
     
    La première conséquence sera sans aucun doute un ralentissement des actifs risqués. Car si les résultats du QE2 sur l'économie sont discutables, il est indiscutable qu'il a bénéficié aux actifs risqués. Et on peut légitimement se demander ce qu'il leur arrivera quand la FED arrêtera son programme.
     
    Mais ce n'est pas ce que redoute Bill Gross. Ce que craint le patron de Pimco c'est que le gouvernement américain n'arrive plus à emprunter et à se refinancer lorsque la FED ne sera plus là pour souscrire à ses émissions de treasuries. C'est à dire que le QE2 aurait comblé un vide d'investissement. Et d'après M.Gross, s'il n'avait pas existé, nous aurions donc assister au Jour J des treasuries, puisque nous y assisterons quand il ne sera plus là. L'emblématique patron de Pimco ne nous explique pas comment en revanche... Allons !!! qui achètera les treasuries après le QE2 ? Les mêmes personnes qui les achetaient avant !!!
     
    L'argument de M.Gross est simple (pour ne pas dire simpliste) : aujourd'hui, la FED achète 70% des treasuries émis par le gouvernement américain. Lorsque la FED ne sera plus là, 70% des émissions américaines ne trouveront donc pas preneur, les taux monteront inexorablement et les Etats-Unis feront faillite, comme l'Irlande ou le Portugal avant eux...
     
    Et bien, nous pensons que ce scénario n'aura pas lieu, et que les treasuries trouveront preneur, comme ils l'ont toujours fait avant le Quantitative Easing. Car peu importe si la FED en est ou pas, les acteurs économiques auront toujours le besoin d'épargner.
     
    La FED peut rendre les autres classes d'actifs plus ou moins attrayantes, mais elle ne peut pas supprimer l'envie et le besoin d'épargner. Et lors d'une période économique difficile comme celle que nous vivons, cette envie d'épargner est encore plus grande.
     
    Aux Etats-Unis, le secteur privé épargne environ 10% du PIB américain, et bien entendu, une partie de cette épargne est allouée aux obligations d'état. Mais cette épargne ne "finance" pas les Etats-Unis. Les Etats-Unis sont l'unique fournisseur de leur propre monnaie, et ils ne manqueront jamais de dollars puisque qu'ils le produisent !!!
     
    Alors pourquoi émettre des obligations ? Pour ne pas augmenter la quantité de monnaie en circulation... C'est donc une chose de vouloir contrôler la masse monétaire, une autre de faire faillite ! Les Etats-Unis ne feront pas faillite. D'ailleurs, malgré les discussions actuelles sur le budget au Sénat, l'agence de notation Fitch a déclaré qu'elle n'avait aucune crainte sur la note AAA des USA et que "la probabilité de voir le gouvernement américain ne pas honorer ses engagements financiers et en particulier de ne pas pratiquer des remboursements intégraux en temps et en heure sur les obligations du Trésor est extrêmement faible".
     
    Alors les acheteurs peuvent-ils décider d'arrêter d'acheter des T-Bills, T-Notes ou autres T-Bonds ? Non !
     
    • La balance commerciale des Etats-Unis est négative. Des dollars sortent donc du pays et vont par exemple en Chine ou au Japon. Que peuvent en faire les chinois ou les japonais ? S'asseoir sur des sacs de billet vert, ou bien ... acheter les titres les plus sûrs du monde : des obligations de l'Etat américain. Il n'y a pour le moment aucune raison qu'ils renoncent au rendement certains des treasuries et décident de laisser dormir des sacs de billet verts... cela représenterait un manque à gagné colossal pour ces pays et n'a aucun sens.
     
    • Par ailleurs, en dernier ressort, il y a les banques, chef de file des émissions américaines. En effet, aux Etats-Unis, les émissions sont faites via les banques, les "Primary Dealers" qui assurent la liquidité du marché en obligations d'état. Ces Primary Dealers pourraient d'ailleurs souscrire entièrement aux adjudications américaines. S'ils ne le font pas, c'est bien parce qu'il y a une demande pour ces titres.
     
    En résumé, tant que :
     
    • les pays qui détiennent des dollars n'auront pas l'intention de renoncer au rendement presque certain des treasuries en s'asseyant sur des sacs de billets verts inutiles
    • les ménages et entreprises américains auront toujours le besoin d'épargner
    • les "Primary Dealers" ne mettront pas fin à leur contrat avec le Trésor américain
     
    il n'y a aucune raison de s'inquiéter sur les adjudications américaines !
     
    Les marchés, semblent en revanche oublier que ce sont plutôt les actifs risqués qui devraient inquiéter ... En effet, ceux-ci ne seront plus "dopés" par le Quantitative Easing, et c'est bien eux plutôt que les obligations qui pourraient être pénalisés à partir du 30 juin !

    Obliginvest


     08/04/2011 - Les services publics américains menacés de paralysie imminente
     
    Vingt-six heures avant une possible fermeture d'une partie des services gouvernementaux, Barack Obama et les républicains du Congrès se sont séparés sans trouver d'accord sur le budget.
     
    Washington restait jeudi soir menacée d'une paralysie imminente de l'administration, faute d'accord sur le financement de l'Etat fédéral entre les républicains de la Chambre des représentants et le camp du président Barack Obama.
     
    Vingt-six heures avant une possible fermeture d'une partie des services gouvernementaux, M. Obama et les dirigeants du Congrès se sont séparés une nouvelle fois jeudi soir sans résultat, même si, selon le président, les désaccords entre les deux camps se sont encore réduits. "Nous avons fait quelques progrès supplémentaires ce soir", a-t-il déclaré face aux journalistes. Le président démocrate a par ailleurs dit attendre tôt vendredi une réponse des républicains sur un accord quant à un budget couvrant la fin de l'exercice 2011, jusqu'au 30 septembre. "J'espère que nous pourrons annoncer aux Américains assez tôt que nous avons échappé à une paralysie et qu'un accord a été conclu", a-t-il affirmé. "Il n'y a rien de certain pour l'instant. Mais je m'attends à une réponse tôt dans la journée", a-t-il ajouté, alors que la Maison Blanche annonçait qu'un déplacement de M. Obama dans l'Indiana (nord) vendredi avait été repoussé à une date ultérieure.
     
    Dans un communiqué commun, le président de la Chambre, John Boehner, et le chef démocrate de la majorité au Sénat, Harry Reid, ont indiqué avoir "cerné les problèmes, mais nous ne sommes pas encore parvenus à un accord".
     
    "Nous allons continuer à travailler toute la nuit pour essayer de résoudre les désaccords qui persistent", ont-ils promis.
    Parcs nationaux fermés, visas non délivrés
     
    Faute de budget pour le solde de l'exercice, l'administration et ses services non-essentiels seront paralysés à partir de vendredi à minuit (samedi 04H00 GMT), synonyme d'une suspension de 800.000 employés fédéraux. Les parcs nationaux devront fermer, les visas ne seront pas délivrés et les feuilles d'impôt pas traitées.
     
    M. Obama a mis en garde contre les conséquences sur l'économie américaine, qui se remet à peine de la pire crise depuis les années 1930.
     
    Les réunions à la Maison Blanche se succèdent depuis mercredi, en vain. De retour au Sénat jeudi soir, M. Reid a confirmé que M. Obama avait "fixé une échéance tôt (vendredi) matin", mais n'a pas caché son pessimisme. "J'espère que nous pourrons y parvenir. Je n'en suis pas tellement sûr, mais je l'espère beaucoup", a-t-il ajouté.
     
    Plus tôt jeudi, M. Reid avait déploré que les républicains insistent pour ajouter dans la loi de finances des mesures "idéologiques" contre l'avortement ou pour limiter la réglementation sur l'environnement. Ce type de mesure est d'usage habituel au Congrès, avait rétorqué M. Boehner. M. Reid avait également affirmé que les républicains seraient responsables "si ce gouvernement est paralysé".
     
    Mais les républicains s'en défendent. Ils continuent d'assurer que leur objectif n'est pas de fermer les services administratifs, mais de réduire les dépenses.
     
    Parallèlement, la Chambre a adopté jeudi une loi de finance provisoire d'une semaine pour empêcher le blocage de l'administration, malgré la menace de veto de M. Obama qui veut, lui, un accord sur une loi couvrant le reste de l'exercice. Le texte a toutefois peu de chance d'être adopté au Sénat. Sur l'ensemble de l'exercice en cours, les républicains souhaiteraient réduire les dépenses de 61 milliards de dollars, mais pourraient revoir leurs demandes à la baisse malgré la pression des ultra-conservateurs du "tea party" qui réclament des réductions plus drastiques. Les démocrates sont prêts à accepter de réduire les dépenses d'au moins 33 milliards pour le reste de l'exercice.
     
    L'expansion

    13/03/2010 - 50 531 milliards de dollars, le vrai chiffre de la dette américaine?

    L'endettement collectif des États-Unis a progressé de 0,6% en 2010 pour atteindre 50.531,8 milliards de dollars au 31 décembre, selon des chiffres officiels publiés jeudi à Washington.
     
    Ce chiffre, qui représente trois fois et demi la dernière estimation officielle du PIB du pays pour 2010, correspond à l'intégralité de la dette publique et privée de l'Amérique.

     
    On l'obtient grâce aux tableaux de la comptabilité nationale publiés par la banque centrale américaine (Fed) en additionnant la dette des ménages, des entreprises non financières et du secteur public (36 295,5 milliards de dollars et celle du secteur financier (14 236,3 milliards).
     
    C'est un chiffre brut, qui ne tient pas compte du patrimoine des personnes physiques et morales aux États-Unis, lequel pourrait éventuellement servir au remboursement de la dette.
     
    Il est cependant encore incomplet, puisqu'il ne tient compte que de la dette circulant sur les marchés financiers et donc pas des retards de paiement de l'État fédéral, des États fédérés, et des collectivités locales aux diverses caisses de sécurité sociale que ceux-ci sont censés alimenter.
     
    Il réduit ce faisant la dette de l'État fédéral de plus de 4600 milliards de dollars (si on recoupe le chiffre de la Fed avec les données du Trésor), et de 2000 à 3000 milliards de dollars celle des États fédérés et des collectivités locales, selon une estimation mentionnée début mars par le président de la Fed, Ben Bernanke.
     
    Particularité américaine: la dette des organismes de refinancement hypothécaires Fannie Mae et Freddie Mac, nationalisés en septembre 2008, n'est pas comptabilisée avec celle de l'État fédéral mais avec celle du secteur financier.
     
    Le document publié par la Fed donne des chiffres remontant jusqu'en 1979. Il montre que la dette nationale brute des États-Unis n'a cessé d'augmenter entre cette année-là et 2008, où elle avait culminé à 50 724,4 milliards de dollars.
     
    En 2009, elle avait baissé de 0,9%. Malgré les déclarations répétées du secrétaire au Trésor, Timothy Geithner, selon lesquelles les États-Unis doivent apprendre à vivre «selon leurs moyens», le répit n'aura été que de courte durée.
     
    Les données montrent que l'endettement hors secteur financier a progressé de 5,1% en rythme annualisé au quatrième trimestre, soit sa vitesse la plus rapide en deux ans.
     
    L'endettement des États fédérés et des collectivités locales a progressé comme jamais depuis le deuxième trimestre 2007, et celui des entreprises à une vitesse inédite depuis l'été 2008.
     
    Quant aux ménages, ils ont continué de se désendetter, mais au rythme le plus lent depuis le troisième trimestre 2008. Cette réduction de leur dette s'explique par un nouveau recul des emprunts immobiliers. Le crédit à la consommation, à l'inverse, est reparti, après deux ans de baisse.
     
    «Nous ne considérons pas que cette évolution est particulièrement encourageante», écrit Harm Bandholz, analyste de la banque italienne Unicredit dans une note de conjoncture.
     
    Pour lui, la remontée de la dette nationale brute américaine «signifie que les États-Unis sont parvenus à sortir de la crise de la dette en augmentant encore plus de dettes».
     
    «On voit mal comment cette stratégie pourrait réussir à moyen ou long terme», ajoute-t-il.
     
    Lapresseaffaires 
     
    16/02/2010 - Usa: l'IIlinois obligé d'emprunter pour payer les retraites.
     
    Un risque réel de faillite pèse en 2011 sur certaines des collectivités locales américaines les plus fragiles et de nouvelles vagues de licenciements sont à craindre, selon une enquête menée par Reuters et publiée dimanche. 
     
    Sur 25 acteurs de marché interrogés - dont des traders et investisseurs spécialisés dans les dettes municipales - 14 prédisent pour cette année jusqu'à quatre défauts de paiement sur ce type de dette, pour des montants de plusieurs milliards de dollars.

    Les marchés financiers américains sortent très lentement de la crise et la Réserve fédérale juge que la mauvaise santé financière de nombreuses collectivités locales est l'un des risques principaux pesant sur la reprise.

     

    Sur 23 investisseurs interrogés, 19 jugent que les suppressions de postes prévues pour ramener les budgets à l'équilibre vont lourdement peser sur le taux de chômage national, qui est retombé ces deux derniers mois de 9,8% à 9,0%. "Si les Etats limogent du personnel pour réduire leurs dépenses, le chômage va empirer", a prévenu Marilyn Cohen, présidente de Envision Capital Management à Los Angeles.
     
    INQUIÉTUDES POUR DETROIT
     
    Peu d'analystes spécialisés s'attendent toutefois à ce qu'un Etat se déclare en cessation de paiement, cela leur étant interdit. Mais plusieurs grandes villes sont source d'inquiétude.
     
    En mars 2010, la ville de Detroit a assuré dans un communiqué accompagnant une émission obligataire qu'elle ne prévoyait pas de se déclarer en faillite mais les agences de notation Standard & Poor's et Moody's la placent en catégorie spéculative et la municipalité n'a plus émis de dette depuis lors.
     
    "Une ville comme Detroit, avec une faible liquidité et une dette importante, pourait se déclarer en faillite en 2011, à condition que les politiques soient d'accord et que l'Etat l'autorise", a déclaré Richard Ciccarone, de McDonnell Investment Management.
     
    La situation des Etats reste difficile. Les plus menacés selon les analystes interrogés sont la Californie et l'Illinois, suivis par le Nevada, épicentre de la crise des subprimes.
     
    Sur 27 personnes interrogées, 13 considéraient l'Illinois comme l'Etat le plus en difficulté.
     
    Le montant des retraites non financées y est le plus élevé des 50 Etats et atteignait 75,5 milliards de dollars à la fin de l'année 2010. L'Illinois prévoit pour la deuxième année consécutive de recourir à un emprunt obligataire pour le seul versement des retraites.
     
    Quant à la Californie, elle est confrontée à un taux de chômage supérieur à 12% ainsi qu'à un déficit budgétaire supérieur à 25 milliards de dollars, que le gouverneur Jerry Brown propose de réduire par la baisse des dépenses et la prolongation des hausses d'impôt présentées auparavant comme temporaires
     
    Reuteurs - Les Echos
     
    11/02/2010 - Marc Fiorentino: les États-Unis condamnés à foncer dans le mur.
     
    Madoff était finalement un petit joueur. Avec ses 50 ou 60 milliards de dollars détournés, il n'a pas exploité toutes les possibilités de la fameuse chaîne de Ponzi... Face au tandem Geithner-Bernanke, nos nouveaux Robert Redford et Paul Newman dans ce remake de « l'Arnaque », il faut dire que la concurrence est rude. 
     
    Décortiquons cette fraude massive car le montage est d'une subtilité perverse et d'une perversité subtile. Commençons tout d'abord par un petit rappel : le Trésor américain et la Fed sont deux poches différentes du même argent...

     

    Même si la banque centrale américaine est indépendante, ses moyens sont les mêmes que ceux du Trésor américain. Quand la Fed perd de l'argent, et elle va perdre une fortune sur ses achats massifs d'obligations d'État avec la remontée des taux d'intérêt qui s'amorce, cette perte va directement, chaque année, s'imputer au déficit budgétaire américain, un déficit qui est déjà en lambeaux.
     
    Que s'est-il passé en 2010 ? L'État américain, déjà en faillite virtuelle, a fait de la relance. Il a injecté des centaines de milliards de dollars dans l'économie qu'il n'avait pas. Ces centaines de milliards, le Trésor américain a dû les emprunter. Le problème, c'est que les Chinois ne veulent plus de ces nouveaux subprimes, ni les Japonais ni les pays du Golfe... Les ménages américains ont absorbé une partie de ces déchets napolitains pour placer une épargne récemment reconstituée. Mais cela ne suffisait pas. Dès lors, la Fed est venue prêter au Trésor américain... Mais la Fed et le Trésor, c'est pareil ! C'est de l'argent qui sort d'une poche pour entrer dans l'autre, avec deux poches qui, aujourd'hui, sont percées. On a appris cette semaine, sans surprise, mais tout de même avec effroi, que la Fed était passée devant la Chine et était devenue le plus gros détenteur d'emprunts d'État américains ! Fascinant, non ? L'administration Obama, qui voulait réformer les pratiques bancaires, fait ce qu'aucune banque, ni aucun escroc de haut vol, n'a jamais tenté. Il faut dire qu'ils n'en sont plus à une contradiction près : les vingt plus grosses banques américaines vont verser pour 2010 un montant record de rémunérations : 135 milliards de dollars alors qu'Obama devait briser Wall Street, l'appât du gain et les bonus. Michael Douglas a raison de dire en 2010 : « Greed is not just good, it's legal. » Passons.
     
    Le problème de ce tour de prestidigitation, ô combien impressionnant, est qu'il ne pourra plus être utilisé en 2011. Vous allez comprendre pourquoi. Les taux montent. La Fed perd donc tous les jours de l'argent sur les 1.100 milliards d'emprunts d'État qu'elle a avalés. Elle va sûrement encore jouer la fuite en avant avec un QE3 ou un QE4 mais elle ne pourra pas continuer à absorber intégralement les besoins d'emprunt de ses collègues du Trésor. Madoff avait besoin que les marchés continuent à monter pour que son arnaque tienne. La crise de Lehman a mis sa belle pyramide à terre. Geithner et Bernanke ont besoin que les taux d'intérêt baissent pour qu'ils puissent continuer à faire voltiger les dollars sans que les spectateurs s'aperçoivent de la supercherie. Oui, mais voilà. Avec des matières premières en folie, du fait entre autres de ce « quantitative easing », des valeurs d'actifs qui montent sous l'effet de la spéculation, des banques qui reprennent leurs plus mauvaises habitudes, les taux grimpent. Doucement mais sûrement. Et il suffit que cette hausse s'accélère pour qu'on découvre que tout cela n'est qu'une gigantesque arnaque.
     
    Mais alors, me direz-vous, si c'était aussi simple que cela, que fait la police ? La police, c'est-à-dire les agences de notation ou la SEC, est à peu près aussi sévère avec le Trésor américain et la Fed que la police tunisienne l'était avec la belle-famille de Ben Ali ! Notre duo d'équilibristes est aujourd'hui dans une fuite en avant qui ne peut que mener les États-Unis dans un mur. Bravo les artistes !
     
    Marc Fiorentino pour La Tribune


    27/01/2010 - La prime de risque de signature déclenchera le krach obligataire?

    "Si la menace de krach obligataire ne vient pas de la politique monétaire, ni de la prime de risque d'inflation en 2011, elle pourrait toutefois surgir par la prime de risque de signature. La dynamique des dettes publiques dans certains pays développés est en effet insoutenable à moyen et long terme. Et la crise des dettes souveraines périphériques de la zone euro rappelle combien la défiance peut toucher des pays a priori solvables. L'Espagne en est actuellement le plus bel exemple", note Amundi.
     
    "Les travaux économétriques transversaux réalisés pour mesurer les conséquences de la dérive des comptes publics sur les taux d'intérêt à long terme permettent de donner quelques ordres de grandeur sur ces primes de signature. Toutes choses égales par ailleurs, une hausse durable de 1% du PIB du déficit génère une hausse de 30 à 60pb des taux à long terme. Et une hausse du ratio dette/PIB d'un point de pourcentage s'accompagne d'un accroissement des taux longs compris entre 2pb et 7pb (Baldacci et Kumar, 2010)."

     
    "Faisons un calcul rapide dans le cas américain. A politique budgétaire inchangée, en particulier si les baisses d'impôts octroyées entre 2001 et 2003 étaient reconduites au-delà de 2012, les projections de long terme du Congrès américain (CBO) montrent que la dette fédérale américaine passerait de 62% du PIB en 2010 à 100% du PIB en 2023 et 200% du PIB en 2037. Si les marchés commencent à anticiper cette dynamique, une prime de risque de signature de l'ordre de 170pb pourrait se manifester, portant le taux d'équilibre à 10 ans américain à plus de 5,0%, et ce même si la croissance et l'inflation restent faibles."
     
    "A cet égard, il est frappant d'observer que les taux américains ont vivement réagi à l'annonce par l'administration américaine d'un accord avec les Républicains pour prolonger les baisses d'impôts jusqu'à fin 2012. L'impact sur la croissance sera favorable à l'horizon 2012... mais ce sera au prix d'un déficit fédéral plus élevé que prévu. L'assainissement des finances publiques est repoussé sine die aux Etats-Unis, ce qui pourrait finir par inquiéter les investisseurs."
     
    Il est également notable "que les taux allemands (contrairement ce que l'on avait observé lors de la crise du printemps) ont cessé de jouer dans la crise souveraine de l'automne le rôle de valeur refuge qui leur est traditionnellement dévolu. Avec la mise en place du FESF, on observe un transfert de risque sur les pays du coeur de la zone euro qui se portent potentiellement pour partie garants des pays en difficulté".
     
    Boursorama 
    20/01/2010 - Plusieurs villes américaines menacées par le spectre de la faillite?
     
    La situation financière des municipalités aux Etats-Unis s'enfonce dans le rouge. En 2008, elles ont emprûnté 122 milliards de dollars à court terme et à taux variables. Une grande partie de leurs créances arrivent aujourd"hui à échéance.
     
    L'Etat américain n'est pas le seul à s'endetter dangereusement. La situation financière des municipalités s'enfonce, elle aussi, dans le rouge. Selon le Wall Street Journal, celles-ci ont emprunté 122 milliards de dollars à court terme et à taux variable en 2008. Une bonne partie de ce financement s'est faite grâce à des lettres de crédit garanties par les banques. Il s'agissait à l'époque de palier à l'effondrement de la demande sur le "muni bond market", le marché des obligations des Etats, collectivités locales et agences gouvernementales.

     
    Aujourd'hui, beaucoup de ces lettres de crédit arrivent à expiration. Les municipalités doivent donc payer leur dû. Les emprunteurs les plus fragiles, qui souffrent toujours d'un manque de ressources, ont deux solutions pour honorer leur dette : emprunter à nouveau sur le marché des "muni bonds" à un coût prohibitif (le taux à 30 ans vient d'y dépasser 5% revenant au niveau atteint en plein credit crunch) ou renégocier avec les banques, ce qui se traduira - si elles acceptent - par des coûts supplémentaires.
     
    Si Los Angeles faisait faillite...
     
    La situation financière des municipalités risque donc de se détériorer un peu plus en 2011. D'autant qu'un autre problème les guette. Jusqu'ici, elles tiraient une partie (environ un tiers) de leurs revenus des Etats. Mais comme ces derniers éprouvent eux aussi des difficultés financières (le Wall Street Journal évoque notamment des problèmes financiers dans le New Jersey et le Texas), ils risquent d'être moins généreux avec les villes dans les mois qui viennent.
     
    Du coup, c'est le spectre d'un défaut de paiement qui ressurgit. En 1994, la montée des taux d'intérêt avait déjà été fatale au comté d'Orange en Californie. Si Los Angeles, San Diego ou Miami ne peuvent plus faire face à leurs obligations en 2011, Wall Street connaîtra un sérieux coup d'arrêt. Or c'est justement ce que prévoit l'analyste Meredith Whitney, devenue célèbre pour avoir anticipé en 2007 la crise bancaire aux Etats-Unis.
     
    L'expansion
     
     
    15/01/2010 - Les Usa menacés de dégradation par Moody's et S&P en 2011.
     
    « Savez vous quel sera le seul pays, en 2011 à ne pas faire le moindre effort pour consolider son budget et réduire ses déficits ? », me demandant il y a quelques jours un haut fonctionnaire du Trésor avec candeur. « Les Etats-Unis ! ». 

    En y réfléchissant un peu, je me dis, rétrospectivement, que cette question est loin d’être aussi perfide que je l’ai crû, au premier abord. La réalité est qu’à la fin 2011, les déficits publics américains devraient figurer au dessus des 10% du PIB, parmi les plus élevés au monde, bien au-dessus de la zone euro à qui l’on a fait tant de misères ces derniers mois. Pourquoi ? Parce que Barack Obama a décidé, en fin d’année dernière, de prolonger les baisses d’impôt décidées il y a dix ans par l’administration Bush, ce qui revient bon an mal an à réinjecter 350 milliards de dollars de recettes fiscales en moins dans l’économie en 2011.
     
    Fondamentalement cette décision est la bonne pour l’économie mondiale même si elle démontre que les Etats-Unis sont incapables, au plan conjoncturel, de marcher sans béquilles budgétaires. Et même si elle ne résout rien à long terme, puisqu’elle se contente de repousser à 2012 la nécessité de faire de la consolidation budgétaire aux Etats-Unis.
     
    Les marchés patienteront-ils jusque là ? J’ai longtemps crû que oui, tant la force du dollar permet à l’Oncle Sam de battre monnaie sans être attaqué. Mais je dois admettre que je suis désormais surpris, et pour tout dire inquiet, de la réaction des agences de notation, beaucoup plus sévères que je ne l’aurais crû sur les finances publiques américaines. Dès décembre, Moody’s appelait sans ambages l’administration Obama à donner des gages de bonne gestion budgétaire, faute de quoi elle pourrait mettre la note sous surveillance négative. Du côté de Standard and Poor’s, dont le responsable mondial de la notation John Chambers rappelait déjà en juillet dernier « qu’aucun AAA n’est éternel », le ton est tout aussi ferme. « La situation américaine s’est détériorée sur fond de cohabitation politique entre Républicains et Démocrates à la chambre des représentants et on peut très bien imaginer un blocage politique complet », a expliqué ce matin Jean-Michel Six, chef économiste Europe de l’Agence, devant l’association des journalistes économiques et financiers (AJEF). Pour ce dernier, « toute l’attention des marchés est actuellement focalisée sur l’Europe mais on ne peut pas exclure un changement d’attitude en cours d’année, vers les Etats-Unis ».
     
    Cette menace fait froid dans le dos. « Si le moindre doute se forme sur la soutenabilité de la dette américaine, nous entrerons dans un autre monde », résume ce haut fonctionnaire de Bercy. Sous entendu, la faillite des subprime, à côté, n’aura été qu’un doux amuse gueule. Et là, lorsqu’il m’a dit cela j’en étais convaincu : il ne plaisantait pas du tout
     


    Cyrille Lachèvre - Eco décodé - Blog le figaro


    22/12/2010 - Les villes, prochaines victimes de la crise obligataire?

    Le sort des pays endettés comme la Grèce, le Portugal, l’Irlande ou encore l’Espagne occupe la une des journaux depuis de nombreuses semaines. Mais la crise de la dette qui a déjà fait vaciller plusieurs pays et de nombreuses banques menace une autre sorte d’entités économiques, les villes, selon l’analyste Meredith Withney.

     
    Pour Withney, qui avait prédit la crise du crédit américaine et qui est une des analystes les plus écoutées des Etats-Unis, la dette locale et des Etats est le plus gros problème de l’économie américaine, et pourrait même entraver la reprise économique. Elle a expliqué dans l’émission 60 Minutes de CBS:
     
    «Après le logement, c’est le problème le plus important pour les Etats-Unis et sans doute la plus grosse menace pour l’économie américaine. Pour moi, il ne fait pas de doute que nous allons assister à une série de faillites municipales. J’en vois de 50 à 100 potentielles.»
     
    Les villes américaines ont une dette cumulée de 1.000 milliards de dollars, tandis qu’en Europe, les emprunts des gouvernements locaux et régionaux devraient atteindre la somme record de 1.300 milliards d’euros. La semaine dernière, l’agence de notation Moody’s a mis en garde contre une dégradation de la note de Florence et de Barcelone, et a abaissé la note du Pays basque espagnol. L’agence Standard & Poor’s a dégradé Lisbonne, tandis que les dettes de Naples et de Budapest sont déjà proches de ne plus rien valoir, et celle d’Istanbul a déjà atteint ce statut. Venise a été forcée de vendre certains de ses palaces pour combler son déficit.

    La ville de Detroit, qui est au bord de la faillite depuis presque deux décennies, n’a plus assez d’argent pour fournir des services à toute la ville, et a coupé les budgets de la police, de l’éclairage, de l’entretien des routes ou encore des services de nettoyage. Pour Business Insider, le plan du maire Bing «laisserait 20% de la ville aux mains des gangs et des sans-abris». Les villes françaises ne sont pas en reste: selon le classement 2011 des villes françaises les mieux gérées récemment repris par Challenges, des grandes villes comme Nice, Nantes, Saint-Etienne ou encore Marseille connaissent de grosses difficultés. «La ville du maire UMP Jean-Claude Gaudin affiche une dette de 1,8 milliard d'euros, représentant 185% de ses recettes annuelles de fonctionnement, un record national», note le site économique.
     
    Andres Rodriguez-Pose, professeur de géographie économique à la London School of Economics, explique dans les colonnes du Guardian:
     
    «Les villes sont toutes seules. Les gouvernements ne vont pas venir à la rescousse parce qu’ils ont leurs propres problèmes. Les villes vont devoir payer leurs dettes, et dans certains cas faire des coupes budgétaires spectaculaires, comme à Detroit.»


    Slate

    17/12/2010 - Les muni-bonds américain vont ils "sauver" la zone euro?

     

    Les équipes de recherche économique de Bank of America Merrill Lynch sont moins inquiètes pour l'euro que pour les bons du Trésor américain, en raison du déficit budgétaire et de la crise des obligations municipales outre-Atlantique.
     
    Les équipes de recherche de Bank of America, devenu un des poids lourds de Wall Street à la faveur du rachat de la banque d'affaires Merrill Lynch au pic de la crise financière, estiment que les inquiétudes sur la solvabilité des Etats vont traverser l'Atlantique l'an prochain. « Le thème de la fiscalité et de l'équilibre des comptes publics va être majeur en 2011, mais nous pensons que les turbulences vont se déplacer de la zone euro aux bons du Trésor américain », a ainsi expliqué David Woo, patron de la recherche sur les taux et les devises de la banque, au cours d'une conférence de presse, à Londres. Ses propos ont ensuite été déclinés par une dizaine d'analystes en fonction de leur spécialité.
     
    Fondamentaux améliorés
     
    Les spécialistes de Bank of America Merrill Lynch n'affirment pas que la crise qui affecte les pays périphériques de la zone euro est résolue. Ils pensent notamment qu'il y a une chance sur deux pour que l'Espagne doive avoir recours à une aide extérieure. Mais, explique notamment Silvia Ardagna, économiste senior pour la zone Europe, les pays européens fragiles sont en train de mettre en place les mêmes réformes structurelles qui ont réussi à l'Allemagne. Et tandis que les fondamentaux s'améliorent, les chercheurs de Bank of America Merrill Lynch restent persuadés que les pouvoirs publics européens vont tout faire pour sauvegarder la monnaie unique. « A chaque fois que la crise empirera, les gouvernements seront là », estiment-ils.


    La raison fondamentale de cet optimisme ? Il est dans l'intérêt de l'Allemagne, le seul pays assez riche pour détenir les clefs de l'avenir de l'euro, de sauvegarder le système monétaire européen, qui lui a profité commercialement. « En outre, il n'y a pas que ses banques qui seraient fragilisées en cas d'éclatement, mais également tout son secteur de la gestion collective », précise Ralf Preusser, patron de la stratégie taux en Europe. Ce dernier estime par ailleurs qu'il y a assez d'argent dans le Fonds européen de stabilité financière (FESF) pour prêter à l'Espagne dans les deux prochaines années.
     
    Si ces économistes sont inquiets à propos des Etats-Unis, cela tient principalement au plan de relance que vient de décider l'administration américaine à la faveur du compromis fiscal entre les républicains et les démocrates. Pour David Woo, ces mesures auront un impact faible sur l'économie alors qu'elles sont dangereuses pour l'équilibre des comptes publics, puisqu'elles aboutissent à un déficit budgétaire proche de 10 % du PIB. A cet élément, qui pourrait être minoré en cas de croissance économique supérieure aux attentes, s'ajoute l'instabilité sur les obligations municipales, en raison de la dégradation des comptes des collectivités locales. Quarante-huit Etats américains affichent un déficit pour 2011. Et certains craignant une vague de défaut, les « spreads » se sont nettement écartés pour les « muni bonds » au cours des dernières semaines (« Les Echos » du 22 novembre). Pour Bank of America Merrill Lynch, une crise sur ce segment affecterait les obligations fédérales.
     
    Cette -encore hypothétique -crise publique de la dette américaine ne manquerait pas d'avoir des effets sur les actions internationales, alors que se dégage en cette fin d'année un consensus extrêmement optimiste pour l'an prochain. 
     
    Les echos - Nicolas Madelaine
     
    11/12/2010 - L’ombre de la faillite plane sur plusieurs Etats américains.
     
    Après la Californie, le New Jersey et l’Illinois sont étranglés par leurs dettes. Certains estiment que Washington viendra à leur aide, d’autres évoquent la solution de la banqueroute
     
    San Diego sera-t-elle la première? Dans la grande ville du sud de la Californie, le débat fait rage depuis quelque temps: pour s’en sortir, la municipalité doit-elle se déclarer en faillite? L’ancien procureur de cette ville de près de 1,5 million d’habitants s’est déclaré favorable à l’idée, comme les principaux entrepreneurs, lassés disent-ils des «semi-vérités» assénées par des élus qui cacheraient la gravité de la situation. Plus de 2 milliards de dollars de déficit dans le régime des retraites; 1,4 milliard manquant pour financer le système de santé… Alors que les autorités de San Diego refusent d’augmenter les impôts, certains s’interrogent sur la pertinence de cette solution radicale, qui permettrait notamment à la ville de renégocier en bloc les salaires et le montant des retraites.
     
    Panique à l’européenne
     
    En réalité, le débat est loin de se limiter à San Diego, ou même à l’ensemble de la Californie, aux prises elle aussi avec un déficit qui pourrait atteindre 25,4 milliards de dollars. Dans l’Illinois, les autorités ont emprunté des milliards de dollars pour les investir dans leur propre fonds de pension. Faute d’argent, des détenus ne purgent plus leur peine et sont expulsés des prisons. Dans le New Jersey, ce sont les policiers qu’on expulse: la ville de Newark vient de licencier d’un coup 13% des membres de sa police municipale.

    L’association des gouverneurs américains a récemment lancé un cri du cœur. Cette année, disait-elle, sera la plus difficile à l’échelle des Etats et des collectivités locales. Certes, les fonds fédéraux provenant du plan de relance ont permis jusqu’ici de limiter la casse. Mais une nouvelle aide est aujourd’hui hautement improbable. Or, malgré la fin officielle de la récession, le chômage continue d’augmenter et le marché immobilier encore moribond n’apporte guère de ressources. Si rien n’est fait, notent certains spécialistes, les Etats les plus fragiles pourraient commencer à susciter la méfiance des investisseurs, qui se détourneraient de leurs fonds. Et le mouvement de panique pourrait ensuite s’étendre à d’autres Etats, de la même manière qu’en Europe.
     
    De fait, le New York Times notait la semaine dernière que certains spéculateurs ont commencé à plancher sur la création de hedge funds visant à parier sur cette éventualité. Jusqu’ici, les agences de notation ne croient pas à cette possibilité et, tablant sur une intervention finale de Washington, elles continuent de donner de très bonnes notes à l’ensemble des villes et des Etats américains. Mais les spécialistes notent à cet égard le récent aveuglement de ces agences qui n’ont pas vu s’approcher la crise des «subprime» et qui ont, de ce fait, grandement contribué à l’exacerber.
     
    Ultime parade
     
    Aujourd’hui, le climat général n’est pas à l’augmentation des impôts, comme le montre la «capitulation» de Barack Obama face aux exigences des républicains de prolonger les allégements fiscaux de l’administration Bush. Bien plus: dans les cercles de pensée conservateurs, c’est plutôt l’inverse qui est à l’étude. Le magazine The Weekly Standard vient ainsi de se poser en héraut d’une solution radicale: créer un nouveau chapitre dans la loi des faillites qui permettrait aux Etats de se déclarer eux aussi en banqueroute (jusqu’ici, cette possibilité est réservée aux seules villes, et encore reste-t-elle presque purement théorique). Pour les néo-conservateurs, c’est là une sorte de parade ultime face à la tentation de Washington de se lancer dans un éventuel «sauvetage» des Etats. Les conservateurs n’ont jamais cru à ces mesures pour les banques et le secteur de l’automobile. Alors que leurs thèses ont aujourd’hui le vent en poupe, la leçon est claire: de même qu’il n’y a pas d’entreprises «too big to fail» (trop grandes pour faire faillite), aucun Etat ne doit être à l’abri de la banqueroute.
     
    Le temps


    23/11/2010 - La Californie dans le même état que l'Irlande?

    Il y a six mois, en pleine crise institutionnelle européenne, le camp des optimistes aimait rappeler combien certains Etats américains devaient affronter des difficultés budgétaires considérables. A l’époque, l’Etat californien affichait un manque à gagner de 22 milliards de dollars soit 22% d’excès de dépense. La Floride (20%), l’Arizona (20%) et le Nevada (16%) n’allait pas mieux et il était fréquent d’utiliser cette carte pour mesurer a quel point l’impact économique d’une débâcle financière serait bien pire que celui de la Grèce (Le PIB de la Californie est peu ou prou similaire à celui de la France…).
     
    On ne peut bien évidemment pas se cantonner à la seule analyse des PIB pour mesurer les risques de contagion. L’exposition du système bancaire au risque de défaut souverain européen et les problèmes associés de sous-capitalisation l’illustrent parfaitement. Une telle analyse masquait néanmoins de nombreuses incompréhensions.
     
    Les Etats-Unis ont leur Pacte de Stabilité et de Croissance. Il est même nettement plus contrariant : impossibilité d’afficher un déficit budgétaire pour financer des dépenses courantes ; émission de dette réservée aux seuls investissements (les cash flows sont sensés assurer le remboursement de la dette).

    Les gouvernements locaux émettent néanmoins de la dette : le marché des Muni Bonds ayant un encours de 2375 milliards de dollars dont 120 sous la forme de dette à moins d’un an. Un tiers des émissions sont faites sous la forme de General obligation bonds, obligations dont le remboursement dépend des taxes levées par les autorités locales (52 Mds USD en 2010). Les Revenue bonds sont émises pour financer les utilities (tunnels, routes etc.…) ou des projets industriels (parfois appelés industrial Development bonds) – 78.5 Mds en 2010.

    Bien sur, de telles restrictions budgétaires sont compensées par l’existence d’un fédéralisme budgétaire notable, comme l’illustre le tableau ci-dessous. Le caractère procyclique des règles fiscales des gouvernements locaux (restrictions budgétaires en période de crise ou utilisation des rainy days funds) est contrebalancé partiellement par ce fédéralisme en cas de choc majeur sur l’activité économique.
     
    La Californie a fait échos à l’Irlande en annonçant, par la voix de son désormais canard boiteux de gouverneur (désignation officielle d’un gouvernement de transition) Schwarzenegger, une nouvelle situation d’urgence pour les finances publiques, avec un déficit de recettes estimé à 25 milliards pour l’an prochain. Conséquence : une chute des fonds investis en Muni bonds.
     
    Le graphique ci-dessous représente l’évolution du taux souverain américain à 5 ans et celui de la dette californienne de même échéance – le spread était négatif jusqu’en 2008 en raison des exemptions de taxes sur les muni bonds. Pour ce gouvernement local, le coût de la crise s’élève donc en matière de financement par rapport au gouvernement fédéral, à plus de 200 points de base).
     
     
     
    Alors que l’économie est en phase de reprise, les finances publiques locales continuent de se détériorer. L’une des principales raison vient du coût des programmes sociaux en situation de reprise sans emploi et de taux de chômage historiquement élevé. Une autre est liée à la dissipation de l’impact du plan de relance de 2008.
     
    Il existe aujourd’hui un grand débat sur le calcul, a posteriori, des multiplicateurs budgétaires des différentes mesures de dépense publique qui ont été mises en place fin 2008 pour éviter une nouvelle grande dépression. Ce débat à forte intensité politique a été récemment alimenté par un papier de John Taylor et de John Cogan, What the Government Purchases Multiplier Actually Multiplied in the 2009 Stimulus Package.
     
     
     
    Selon les auteurs, l’American Recovery and reinvestment Act of 2009 (ARRA), a eu un impact très limité sur la croissance américaine. La principale explication ? « Sur un total de 862 milliards, 0.3% a été dépensé en projets d’infrastructure de l’Etat fédéral (central) ». D’un montant de 2.5% du PIB, l’ARRA n’a consacré que 0.12% sous la forme de dépense publique directe. L’essentiel de l’ARRA a donc été versé sous la forme de transferts aux gouvernements locaux. Selon les auteurs, « les transferts de l’ARRA n’ont pas entrainé de hausse de la dépense directe mais une réduction de l’endettement et l’augmentation des dépenses sociales ».
     
    Le changement de majorité à la chambre des représentants suggère toutefois que l’ARRA ne sera pas reconduit et que les dépenses publiques locales vont donc souffrir. Par exemple, le Build America Bond, qui a permis aux Etats de s’endetter à moindre coût grâce à des exemptions de taxe en 2009 et 2010, arrive bientôt à son terme.
     
    Pourtant la situation est grave. Certains états comme le Connecticut et la Louisiane viennent d’émettre des Economic Recovery Bonds pour financer exceptionnellement des dépenses courantes. La plupart des gouvernements vont s’engager dans des réductions de dépenses et des hausses d’impôts aux effets économiques désastreux (même si la dépense des state and local governments ne représentent que 12% du PIB, la contraction de transferts et services qu’ils assurent aura un impact marquée sur les ménages) : les cartes ci-dessous illustrent les reductions de programmes locaux en cours.
     
    La crise européenne a été accentuée ces dernières semaines bien évidemment par les difficultés budgétaires irlandaises, mais surtout par des doutes sur deux piliers majeurs des institutions européennes :
     
    1. le mécanisme de surveillance et de punition des Etats membres. En dépit de recommandations drastiques suggérées par le Président du Conseil de l’Europe Van Rompuy, l’axe franco-allemand s’est entendu en octobre pour laisser une vaste discrétion aux Etats membres dans leur évaluation et modes de correction des déséquilibres potentiels. Il n’y a donc pas de force de rappel fiscale contraignante.
     
    2. le destin et le dessein du mécanisme de solidarité intra européen en cas de défaillance d’un Etat membre. La BCE a rompu depuis mai avec la clause sacro sainte de « no bail out » du Traite de Lisbonne. Elle continue d’acheter des titres de la dette publique des pays périphériques mais a la seule fin de garantir la liquidité du marche et non pas en ciblant un quelconque niveau de taux d’intérêt ou de spread pour la dette publique de ces Etats membres). Tout transfert d’un Etat à un autre étant interdit, toute aide devrait passer par le mécanisme de balance des paiements (60 Mds) ou l’EFSF (440 Mds) – mécanisme d’assistance financière temporaire (2013) assorti d’une forte conditionnalité (perte de souveraineté économique) dont la mise en œuvre serait lourde et qui reste assorti d’une forte incertitude sur le coût financier que devrait supporter le pays utilisateur. L’incertitude reste entière sur la prorogation d’un tel mécanisme, son inscription dans le Traité, et, surtout, la possibilité de « bail in » des investisseurs privés, à savoir leur exposition à une perte partielle en capital en cas de restructuration de la dette.
     
    Il n’y a pas d’EFSF américain. Dans les fait l’Etat fédéral est toutefois déjà intervenu (ville de New York sauvee en 1975, récemment avec les grant-in-aid aux Etats comme on vient de le voir). Il pourrait intervenir de nouveau sans contrainte institutionnelle et pourrait imposer des conditions qu’un Etat souverain européens ne pourrait accepter.
     
    Il y a, il est vrai, une multiplication d’astuces mises en place depuis plusieurs années par les gouvernements locaux pour masquer la misère fiscales. Elles pourraient rappeler certaines des titrisations de recettes publiques mises en place en zone euro dans les annees 2000. Globalement toutefois, les règles sont nettement plus drastiques et les niveaux de dette nettement plus faible (26% du PIB pour la Californie). C’est la raison pour laquelle le CDS sur l’Etat de Californie s’est considérablement moins élargi que celui de l’Irlande.
     
     
     
    Au delà du très faible endettement public, les difficultés financières seront résolues par une aide fédérale (pire scénario) ou (surtout) une politique budgétaire locale très restrictive. Dans les deux cas donc, les lendemains s’annoncent très difficiles. Aux Etats-Unis comme en Europe ce sont les programmes sociaux (santé, chômage), l’éducation qui feront les frais des ajustements budgétaires.
     
    PS : En parlant de Californie, un autre éclairage s’impose. Dans sa célèbre chanson Sweet Home Chigaco, Robert Johnson suggère à sa baby « to go back to the land of California, to my sweet home Chicago ». Aurais-je un problème géographique majeur ? Merci pour votre aide !
     
    EVARISTE LEFEUVRE les echos
    11/12/2010 - Les Usa en faillite?
    Selon le professeur d’économie à l’Université de Boston, Laurence Kotlikoff, qui fonde son propos sur un document du FMI (Fonds Monétaire International) de juillet dernier, dans lequel on pouvait lire : « pour supprimer le déficit budgétaire , il faudrait un ajustement fiscal annuel permanent de 14 % du PIB ». Pour cela, il faudrait doubler le niveau des taxes, ce qui est impossible. CQFD.
     
    Institutmolinari.org


    04/11/2010 - Usa: deux choix qui méneront d'une manière ou d'une autre à la catastrophe ?


    Aujourd'hui confrontée aux conséquences de sa politique monétaire, l'Amérique plombée par le chômage doit choisir : création d'emplois ou financement du déficit budgétaire ?
     
    Selon une formule souvent attribuée au général De Gaulle mais qui vient en réalité de son ministre des finances, Giscard d’Estaing, depuis des décennies tout le monde se plaint du "privilège exorbitant" que le rôle du dollar comme devise constitutive des réserves mondiales confère aux USA.
     
    Quand les taux de change étaient fixés dans le cadre des accords de Bretton Woods, la nature de ce privilège était claire : l'Amérique était le seul pays à pouvoir choisir en toute liberté sa politique monétaire. Tous les autres devaient s'adapter à la politique qu'elle dictait.


    Cette situation a changé avec l'arrivée des taux de change flottants au début des années 1970. Ils permettaient aux pays comme l'Allemagne recherchant en priorité la stabilité de ne pas dépendre de la politique monétaire américaine qu'ils considéraient trop inflationniste. Mais même avec des taux de change flottants, les USA conservaient un avantage : le dollar restant la devise clé des réserves mondiales, ils pouvaient financer d'importants déficits extérieurs à des taux de change très favorables.
    Encore aujourd'hui le Trésor américain peut emprunter sans limite à des taux défiants toute concurrence, à tel point que les taux d'intérêt sur les obligations protégées contre l'inflation est maintenant de - 0,5%, même avec une échéance de cinq ans ! Le gouvernement américain se rémunère donc essentiellement en termes réels en recevant l'argent des investisseurs – une offre généreuse qu'il accepte à grande échelle pour canaliser ces ressources en direction des ménages américains, dans l'espoir de doper la consommation et de ce fait créer des emplois.
     
    Les USA semblent s'en tirer sans frais. Mais "tout se paye", ainsi que le disent les économistes. Et c'est vrai dans ce cas aussi : leur devise constituant les réserves mondiales, les USA peuvent emprunter à bon marché, mais au prix d'une perte d'influence sur les taux de change qui dépendent de la demande du reste du monde pour les actifs en dollars.
     
    L'Allemagne a découvert cela durant les années 1960 et 1970 et a résisté à la tendance du deutschmark de devenir une devise constitutive des réserves mondiales. Les autorités allemandes craignaient que l'économie du pays, tournée vers l'exportation, ne souffre des grosses variations du taux de change, ce qui est la norme pour les devises formant les réserves mondiales. Mais du fait de la faiblesse des autres devises européennes et du désir de l'Allemagne de ne pas fermer ses marchés, ses dirigeants ne pouvaient pas faire grand chose.
     
    Tandis que le deutschmark devenait une devise importante des réserves internationales dans les années 1980 et 1990, les variations considérables du taux de change du dollar ont eu parfois des conséquences spectaculaires sur l'économie allemande. Aussi l'une des raisons qui a poussé l'Allemagne à rejoindre la zone euro était-elle de partager avec d'autres le fardeau lié au rôle de devise servant de réserve.
     
    L'économie américaine est encore relativement fermée (les importations et les exportations comptent pour seulement 15% de leur PIB) et dans le passé les exportations n'ont jamais été le principal moteur de leur croissance. C'est pourquoi les USA ont l'habitude de dire, "C'est notre taux de change, mais c'est votre problème".
     
    Dans ces conditions, pourquoi les USA changent-ils maintenant de position ? La réponse est évidente, c'est à cause de leur taux de chômage élevé (entre 9 et 10%). C'est le prix qu'ils doivent payer pour leur endettement à peu de frais : ils peuvent poursuivre leur frénésie de consommation, mais les emplois sont ailleurs.
     
    Aujourd'hui la Chine remplace l'Allemagne (et le Japon) comme premier exportateur mondial, à une différence près : elle gère au plus prés son taux de change en contrôlant les flux de capitaux et en intervenant massivement sur le marché des devises. Seule économie importante contrôlant les capitaux, elle a créé son propre "privilège exorbitant" : elle peut fixer elle-même son taux de change parce qu'aucun autre grand pays n'impose de contrôle des capitaux.
     
    Les deux superpuissances économiques n'apprécient pas leur "privilège exorbitant" réciproque. L'Amérique aimerait avoir les emplois chinois et la Chine voudrait avoir de meilleures possibilités d'investissement. Chacune reste sur ses positions, alors que l'une et l'autre pourraient facilement mettre fin à cette impasse.
     
    La Chine aurait pu supprimer le contrôle des capitaux et laisser flotter le renminbi. Mais les USA pourraient facilement mettre fin au privilège de la Chine en limitant les ventes de la dette du Trésor (et d'autres formes de leur dette) aux autorités monétaires chinoises. En faisant cela, ils ne violeraient aucun engagement international et ne lanceraient pas une guerre commerciale. Ce serait probablement une mesure efficace, étant donné le volume des interventions chinoises (des centaines de milliards de dollars chaque année) qui ne pourraient pas être facilement recyclées par l'intermédiaire de banques offshore sans exposer la Banque centrale chinoise à bien d'autres risques.
     
    Interdire à la Chine d'acheter la dette américaine reviendrait à imposer un contrôle des capitaux, brisant de ce fait le monopole chinois sur cet instrument. Mais l'Amérique pourrait alors perdre son rôle de centre du système financier mondial – ce qui mettrait fin à son "privilège exorbitant".
     
    En réalité tout se paye. Les USA doivent choisir entre la création d'emplois - ce qui nécessite un taux de change plus concurrentiel - et le financement à bon marché de leur déficit budgétaire, tant sur le plan intérieur qu'à l'égard de l'étranger.
     
    Tandis que la Chine et l'Amérique essayent de trouver une issue, l'une et l'autre voulant conserver leur propre "privilège exorbitant", l'Europe est dans une position encore plus difficile, car elle souffre des mêmes inconvénients que les USA, mais sans bénéficier de leurs atouts. L'euro est aussi une devise des réserves mondiales (de seconde importance il est vrai), mais il en coûte beaucoup plus aux pays de la zone euro qu'au Trésor américain. C'est l'un des prix à payer pour l'intégration financière incomplète de l'Europe.
     
    Source  Daniel Gros - les echos
    27/10/2010 - Les investisseurs payent pour prêter de l'argent aux Etats-Unis?.

    S’il fallait une preuve que le monde économique marche à nouveau la tête à l’envers, il suffit de se pencher sur les résultats stupéfiants de la dernière adjudication des bons du trésor aux Etats-Unis. 

    Dans la nuit de lundi à mardi, l’agence américaine de la dette a vendu 10 milliards de dollars d’emprunts d’état (appelés Treasuries) à 5 ans, au taux de -0,55 % ! Vous avez bien lu : -0,55 % ! Si un banquier vous prêtait de l’argent à ce taux cela signifie qu’il vous verserait tous les ans 0,55% d’intérêt. C’est le monde à l’envers.
     
    Jamais dans leur histoire les Etats-Unis n’avaient emprunté à des taux négatifs. Pourquoi maintenant ? les Treasuries à cinq, émis lundi soir ont une particularité : ils sont liés à l’inflation, c'est-à-dire qu’ils protègent les investisseurs qui les achètent contre les risques d’inflation. Le nom de ces Treasuries particuliers est « Tips ». La plupart des grands pays émettent des titres indexés sur l’inflation. La France y consacre au moins 10% de ses émissions chaque année, soit sous forme d’OAT i (indexés sur l’inflation française) soit d’OATei (inflation de la zone euro).

    L’intérêt de ces obligations indexées est le suivant : lorsque vous êtes créancier, le prêt que vous avez contracté à tendance à voir sa valeur absolue se dégrader dans le temps, du fait de l’inflation. A l’inverse, lorsque vous êtes débiteur, l’inflation est une bonne nouvelle pour vous car elle réduit la valeur de ce que vous devez rembourser. Les Etats on flairé le bon filon il y a quelques années en émettant des titres protégeant contre l’inflation (dont le coupon évolue en fonction de l’indice des prix, grosso modo) : ils ont compris qu’ils pouvaient vendre ce genre de titres plus chers aux investisseurs car ces derniers sont toujours prêts à payer une prime pour être protégés contre l’inflation. En faisant cela, les Etats prennent un risque : en cas d’emballement des prix, ils doivent payer plus cher pour financer cette protection. Mais s’ils le font, c’est qu’ils ont confiance dans leur capacité à maîtriser l’inflation.
     
    Seulement voilà : la Fed a récemment décidé de recréer de l’inflation dans son économie en s’apprêtant à lancer la deuxième phase de sa politique non conventionnelle (Quantitative Easing 2 - cf ma note précédente). Depuis lors, les investisseurs américains anticipent une remontée des prix à moyen terme. Ils ont donc plus que jamais besoin de se protéger contre ce risque et se ruent vers les titres qui leur offrent cette protection. C’est pour cela que les TIPS sont désormais émis avec des taux d’intérêt négatifs : les marchés payent les Etats-Unis pour avoir le droit de leur prêter de l’argent. C’est une excellente nouvelle pour l’état fédéral, à court terme, qui peut emprunter en gagnant de l’argent…mais c’est éminemment dangereux à moyen terme. Car si effectivement l’inflation remonte – et surtout si elle se met à remonter très vite – alors le coupon versé aux investisseurs sera particulièrement élevé. Et cela pourrait devenir un gouffre financier pour les Etats-Unis.
     
    Les marchés agissent toujours rationnellement. S’ils payent aujourd’hui c’est qu’ils espèrent gagner bien davantage demain !!!
     
    Source - Cyrille Lachèvre -Figaro

    10/10/2010 - Crise obligataire: l'apocalypse pour 2012?


    En 2012, les entreprises américaines vont devoir rembourser une montagne d’emprunts obligataires. Le pire est à craindre.Lorsque les Mayas ont prédit la fin du monde pour 2012 – si l’on en croit Hollywood –, ils n’ont pas inclus les junk bonds [obligations pourries] au nombre des périls qui menaceraient la planète. 
     
     
    Pourtant, 2012 est également le début d’une période triennale au cours de laquelle plus de 700 milliards de dollars [524 milliards d’euros] de dettes à hauts rendements et à hauts risques arriveront à échéance, mettant ainsi, redoutent certains, une pression terrible sur les marchés du crédit. Comme l’Etat fédéral américain devra régler une énorme facture au même moment, les entreprises risquent d’avoir du mal à obtenir de nouveaux prêts, ce qui déclencherait une vague de défauts de paiement et de faillites.


    Ces prévisions apocalyptiques ­ne sont pas l’apanage des éternels cassandres et autres spéculateurs à la baisse. Même Moody’s, connu pour la sobriété de ses déclarations, tire la sonnette d’alarme. “En 2012 et au-delà, une avalanche emportera les entreprises si elles ne se sauvent pas à temps”, avertit Kevin Cassidy, analyste pour cette agence de notation financière.
     
    “Junk bonds”

    Les émissions de junk bonds, ces obligations pourries très risquées, et donc très rémunératrices, ont atteint le volume record de 50,6 milliards d’euros dans le monde au premier trimestre, selon Thomson Reuters. Une grande partie de ces obligations a été vendue par des sociétés de capital-investissement qui cherchent à refinancer les énormes emprunts qu’elles ont contractés avant la crise financière, emprunts qui arrivent à échéance à partir de 2012, explique le Financial Times. De plus, ces titres ont été achetés par des investisseurs en quête de rendements élevés qui se sont détournés des marchés classiques, où les taux d’intérêt sont relativement faibles. Aux Etats-Unis, les junk bonds ont rapporté en moyenne 60 % l’an dernier.
     
    Nombre de sociétés de capital-investissement et d’entreprises non financières ont pu emprunter à de bonnes conditions avant l’éclatement de la crise du crédit, en 2007. Or l’énorme quantité d’obligations et d’emprunts qui ont été émis alors pour financer des acquisitions avaient une durée de cinq à sept ans, explique Diane Vazza, de Standard & Poor’s. De plus, beaucoup de firmes dont la dette était remboursable en 2009 et 2010 ont pu reconduire leurs crédits, ce qui ne fait qu’alourdir la facture pour 2012 et les années suivantes. Résultat, l’apocalypse financière – ou ce que les analystes appellent le “mur de la maturité” – se profile à l’horizon : 155 milliards de dollars de junk bonds arrivent à maturité en 2012, 212 milliards de dollars en 2013 et 338 milliards en 2014 (contre 21 milliards en 2010).
     
    Comme cela a été le cas avec l’effondrement du marché des crédits hypothécaires à hauts risques (subprimes) il y a trois ans, les produits ­dérivés ont joué un rôle majeur dans l’explosion de la dette à risque des entreprises. Le grand coupable, c’est l’obligation adossée à des prêts, un instrument qui permet aux émetteurs de reconditionner les prêts aux entreprises, à la manière dont les subprimes avaient été découpées en menus morceaux, puis revendues à d’autres investisseurs. La quantité de créances risquées disponibles sur le marché s’en est trouvée considérablement accrue. “On peut se demander si toutes ces opérations auraient effectivement dû être initialement financées”, s’interroge Anders Maxwell, de la société de conseil en fusions-acquisitions Peter J. Solomon.
     
    Entre 2012 et 2014, le gotha des sociétés de capital-investissement, ainsi que les entreprises – désormais lourdement endettées – qu’elles ont achetées durant les années fastes devront rembourser leurs emprunts. [Ces sociétés de capital-investissement empruntent pour financer l’acquisition d’une entreprise, puis remboursent leur dette avec les dividendes versés par cette dernière.] HCA, un groupe d’hôpitaux privés qui a été repris en 2006 pour 33 milliards de dollars par un consortium dirigé par les fonds d’investissement Bain Capital et Kohlberg, Kravis & Roberts (KKR), devra ainsi rembourser 13,3 milliards de dollars entre 2012 et 2014. Pour une autre acquisition dont KKR était le chef de file, celle du géant texan de la distribution d’électricité TXU, il faudra refinancer 20,9 milliards de dollars au cours de la même période.
     
    Tout le monde n’est cependant pas convaincu que 2012 sera catastrophique pour le marché des junk bonds. L’analyste Martin Fridson note ainsi que, depuis l’an dernier, les investisseurs s’arrachent les obligations de catégorie “spéculative” [note attribuée par les agences d’évaluation aux titres à rendements et à risques élevés]. D’après lui, cet engouement persistera, ce qui permettra aux entreprises de se refinancer avant que leurs emprunts ne viennent à échéance. “Les sociétés disposent de près de deux ans pour repousser le mur de la maturité de 2012, estime-t-il. Leur capacité de refinancement dépendra bien sûr de la situation économique.” Mais, même si l’économie se redresse, ces entreprises feront face à la concurrence d’une foule d’emprunteurs mieux notés en quête, eux aussi, d’acheteurs pour leurs obligations. Et le mieux placé d’entre eux sera sans conteste l’Etat fédéral. Selon le Trésor américain, le déficit budgétaire atteindra 974 milliards de dollars en 2012 – un montant certes inférieur à celui de 2010 (1 800 milliards de dollars), mais tout de même énorme.
     
    La dette fédérale dépasse 12 000 milliards de dollars
     
    La plupart de ceux qui dénoncent la prodigalité fédérale sont obnubilés par le seul déficit budgétaire. Mais 859 milliards de dollars d’obligations anciennes arriveront à terme en 2012 et nécessiteront un refinancement qui viendra s’ajouter au déficit. Washington devra donc emprunter 1 800 milliards de dollars. En 2013 et 2014, il faudra lever annuellement 1 400 milliards de dollars. Compte tenu des déficits colossaux des dernières années, la dette fédérale dépasse désormais 12 000 milliards de dollars [près de 9 000 milliards d’euros].
     
    Au second rang des emprunteurs bien notés figurent les entreprises dont la dette est considérée de qualité “investissement”. Elles devront refinancer 1 200 milliards de dollars de crédits entre 2012 et 2014. Enfin, il y a la reconduction prochaine des titres commerciaux adossés aux crédits hypothécaires, qui doubleront dans les trois années à venir pour atteindre 59,7 milliards de dollars.
     
    Même si l’essentiel de la dette est refinancé, les sociétés devront probablement payer plus cher, l’ampleur des emprunts publics risquant de faire grimper les taux pour tout le monde. “Les chiffres donnent le vertige”, commente Tom Atteberry, du fonds d’investissement First Pacific Advisors. “Le gouvernement emprunte tellement que les autres joueurs seront éjectés du terrain ou devront débourser beaucoup plus.”
     
    Source courrierinternational.com


    03/09/2010 - Vers le désastre

    Il n’y a plus aucun doute dans notre esprit : la reprise est belle et bien morte durant l’été 2010. Deux années et demi d’examen patient des données statistiques nous avait conduit à ne pas croire à l’illusion d’une reprise économique aux USA. Au catastrophisme ou à l’optimisme, nous avions préféré l’étude patiente des données. Que la reprise soit le produit artificiel de la dépense budgétaire et financière des USA pouvait se constater PIB trimestriel après PIB trimestriel. 

    Le fait est dorénavant avéré. Le repli budgétaire des trimestres T-1 et T-2 2010 a entraîné une chute du PIB au T-2 2010 (2,4 %) qui pourrait être plus importante s’il apparaît que les importations ont bien été sous-estimées dans le calcul du PIB. La croissance du PIB ne serait plus que de 1,2 % au T-2 2010. La corrélation reprise dépense publique ne peut plus être mise en doute. IL n’y a jamais eu de reprise immanente à l’économie depuis un an.

    Le gouvernement des USA pourra faire illusion en augmentant la dépense budgétaire au T-3 2010, le PIB pourrait alors remonter mais ce sera au prix d’un artifice continué et à terme intenable.
     
    La décision récente de la réserve fédérale d’arrêter l’achat des MBS et des Dettes des GSE (Fannie Mae, Freddie Mac et Ginnie Mae) et des agences témoigne d’un changement de cap en cohérence avec la baisse des dépenses budgétaires des T-1 et T-2 2010. L’aveu du FOMC de la FED du 10/08/2010 est de taille : la croissance devrait ralentir et la reprise être plus tardive. Mais la décision de la FED d’acheter des bons du Trésor à maturité longue en lieu et place de RMBS et de la dette des agences manifeste que c’est dorénavant le financement de la dette souveraine qui est devenue prioritaire pour les pouvoirs publics américains (FED+administration).
     
    Les mesures prudentielles de la FED ne doivent pas être sous-estimées. Ces mesures montrent que le FOMC de la FED trahit un changement d’agenda financier des pouvoirs publics américains. La reprise est bel et bien morte et ce sont les conditions du financement de la dette souveraine - (intérêt, souscription) et de son roulement (financement au jour le jour par le jeu des amortissements et des émissions nouvelles de bons du Trésor) qui font problème. Rappelons un chiffre, par le simple jeu des amortissements et des émissions de dettes nouvelles, le Trésor doit trouver chaque mois de 400 à 700 Md de $ pour se refinancer. La certitude de les trouver n’est plus assurée à moyen terme, c’est-à-dire à moins un an.
     
    La mise en perspective par Moody’s d’un risque sur la notation de la dette américaine confirme notre analyse. La corde financière que les USA ont tressé autour de leur cou est de plus en plus solide alors que se dérobe, avec l’échec de la reprise, les bases d’un équilibre précaire : le rétablissement de la croissance en 2009 (T-3 et T4) et 2010 (T-1 et T-2) n’a été qu’une chute différée, la question de la dette devient vertigineuse.
     
    Un lecteur assidu de ce blog aura noté au mois d’août un léger ralentissement des textes mis en lignes. C’est que nous sommes parvenus à une double conviction : d’une part le point culminant de l’offensive contracyclique de l’administration Obama a été atteint en 2009. D’autre part, l’utilisation de moyen contracyclique classique ne peut être qu’un palliatif en cas de dépression. La période de rémission à crédit se termine, la dépression fait retour. Il fallait faire une petite pause pour arriver à cette conviction.
     
    Le corrélat du ralentissement de la progression de la dette et des déficits budgétaires a été le médiocre PIB du T-2 2010. Si un point culminant a été atteint en 2009, alors le repli de la croissance est anticipé au sommet de l’Etat américain depuis belle lurette. De ce strict point de vue la relance est terminée et la déflation pointe son nez si l’on admet avec nous que la croissance a été artificielle. La dépression entravée un moment creusera à nouveau son sillon dans les mois qui viennent.
     
    Mais c’est la décision de la FED de donner la priorité à la sécurisation de la dette souveraine qui fournit les éléments les plus solides à la thèse d’un tournant historique. Nous assistons bien à la mise en place d’un Stalingrad sur le Potomac. En effet en renonçant à financer l’immobilier en août 2010 la FED a pris une mesure complémentaire à la décision, prise en juillet par le Trésor : arrêter d’offrir une prime de 8000 $ aux primo-accédants à la propriété immobilière. Dorénavant, le marché devra soutenir seul l’immobilier.
     
    Or il en est incapable : comme le montre les contre-performances des ventes immobilières neuves tout relâchement du soutien public (FED et Trésor) se traduit immédiatement par des difficultés (baisse des construction neuves). Quant au bilan des coûteux efforts publics pour soutenir l’immobilier, il aboutit à un bilan mitigé : remontée et stabilisation des prix, mais pertes de valeur patrimoniale persistante au regard du maximum des prix atteint au début de 2007.
     
    Nous avons attiré l’attention sur ce que signifiait pour le Trésor le changement de cap d’août. La FED et le Trésor s’accordent sur un point : la dette fédérale est menacée, une mèche longue est allumée qu’il faut éteindre avant qu’elle ne fasse exploser les finances publiques ou qu’elle pose en terme dramatique la question des financements publics de la dette financière et du déficit budgétaire. Mais l’abandon de l’immobilier à lui-même est une mèche allumée tout aussi dangereuse. Elle a l’avantage public d’être plus difficile à percevoir.
     
    Nous avons souvent dit que l’immobilier serait l’épreuve test de la reprise : la reprise dépend de la réussite ou de l’échec de cette politique. L’immobilier c’est aux USA la partie pour le tout, la grenouille de l’évolution des politiques publiques. Le deuil récent de la politique immobilière témoigne que le Trésor et la FED ne croient plus à la reprise et qu’ils ont décidé d’attendre le deuxième choc de la crise : le choc sur les finances publiques. L’abandon de l’immobilier est en lui même porteur d’un choc en retour qui peut être la conséquence d’une crise de la dette souveraine ou la prémisse d’une crise profonde des finances publiques.
     
    Il faut pour démontrer cette thèse revenir sur le financement de l’immobilier depuis le début de la crise. Tel est l’objet de ce post qui examine les liaisons dangereuses entre la dette souveraine et les opérations conduites pour soutenir l’immobilier par la FED et le Trésor.
     
    A – Le financement conjoint de l’immobilier (2008-2010)

    1° La crise immobilière privée
     
    La crise immobilière a tari la source privée du financement de l’immobilier. Chargé jusqu’à la gueule de créances hypothécaires résidentielles – tritriséés ou non – les banques et autres institutions de financement des acquisitions de logement (Caisse d’Epargne, Union de crédit, REIT… ) ont subi de plein fouet la crise de l’immobilier dont les constituants sont des prix surévalués, des crédits distribués (Subprime, Alt A) avec imprudence, des capacités de financement des ménages insuffisantes en dépit d’une baisse des taux d’intérêt et d’un allongement de la maturité des prêts hypothécaires. La crise des financements imprudents s’est soldée par de lourdes pertes sur les crédits distribués. La crise des « crédits imprudents » - achevée au premier trimestre 2010 - a été relayée par le contrecoup de la crise économique sur les ménages entraînant la défaillance de très nombreux emprunteurs).
     
    Les banques ont adopté alors une politique de moindres émissions de crédit débouchant sur une contraction du crédit immobilier aggravée par une titrisation privée en chute libre. Les difficultés de l’économie et des politiques de crédit à risque affectaient en fait tous les crédits (crédit à la consommation et crédits aux entreprises) et tous les produits de titrisation (CMBS et CDO). IL est donc apparu dès la fin de 2008 que l’immobilier allait dévisser totalement si rien n’était fait. En 2010, la situation, un peu meilleure pour les banques, ne leur permet toujours pas de faire face au soutien de l’immobilier dans un contexte économique pour le moins incertain.

    2° Le partenariat privé-public.
     
    Les politiques mises en œuvre pour pallier la crise du financement privé de l’immobilier ont été doubles. Dès 2009, le Trésor a mis en place la politique de prime aux primo-accédants, il a débloqué des fonds – assez réduits - pour aider au maintien dans les murs des emprunteurs immobiliers en difficulté mais solvables. La FED a offert des garanties sur les pertes financières des grandes GSE (Freddie Mac et Fannie mae) à hauteur de 200 Md de $ dès octobre 2008, garanties portées à 400 Md de $ par l’administration Bush.
     
    La FED a conduit deux actions : a) face à la revente en masse des obligations des GSE en 2009, elle a fait l’acquisition de plusieurs centaines de milliards de $ de RMBS de ces sociétés et de dettes des agences anciennement émises ; b) elle a acheté des RMBS nouvellement émis pour l’essentiel par Ginnie mae et accessoirement par Fannie mae.
     
    Les investisseurs privés ont apporté leur soutien financier au secteur immobilier en achetant des RMBS de Ginnie Mae et de Fannie Mae nouvellement émis car ces derniers étaient et sont toujours placés sous la protection de la FED et du Trésor, la FED trouvant dans le Trésor son financeur en dernier ressort et les GSE disposant d’un garant grâce à lui.
     
    C’est ainsi qu’une base financière restreinte a été restaurée pour favoriser le redressement du marché immobilier. La Réserve fédérale pour encourager les investisseurs privés n’a pas hésité à acheter des émissions nouvelles de RMBS en 2009 et 2010. On ignore en quel(s) volume(s) car la FED ne communique que les données brutes (1325 Md de $) avec une clef de répartition élémentaire : 159,3 md de dettes des agences et 1119,4 Md de $ de RMBS des GSE.

    3° Le partenariat du succès à l’échec
     
    Ce partenariat visait à reconstituer de manière artificielle une base financière. Il poursuivait aussi l’objectif de remonter la valeur des patrimoines immobilier en soutenant l’activité immobilière sur le marché du neuf et de l’ancien. L’activité immobilière a repris avec des résultats difficiles à évaluer : le marché de la construction neuve à vivoté, le marché de l’ancien paraît s’être repris sans avoir retrouvé des niveaux de prix élevés. La crise dans l’ancien a été enrayée mais pas vraiment arrêtée. Le bilan est mitigé. La valeur des patrimoines immobiliers a été rehaussée sans atteindre ses niveaux antérieurs (2006-début 2007)
     
    Or la valeur des patrimoines immobiliers pèse lourdement sur le niveau d’épargne monétaire et de consommation des américains. Le redressement des patrimoines en 2009-2010 a évité que l’épargne monétaire ou le remboursement des crédits ne conduisent à une chute de la consommation des ménages-propriétaires (2/3 des ménages) avec les retentissements que l’on peut imaginer sur une économie déjà en contraction. La politique immobilière a donc été un instrument d’une politique générale de relance. D’ou cette question : quelles peuvent être l’impact du retrait de la FED et du Trésor du soutien à l’immobilier à un moment où la dette souveraine des USA est devenue la nouvelle priorité (inavouée) du Trésor et de la FED. On peut poser la question en terme élémentaire : que se passe-t-il si les pouvoirs publics américains se concentrent sur la dette souveraine, quel peut être l’effet indirect de l’abandon d’une politique de soutien à l’immobilier sur la croissance et la dette souveraine ? Cette question est essentielle car le repli budgétaire a eu et continuera d’avoir des effets négatifs sur toutes les autres variables de la croissance (Revenu des personnes, investissement des entreprises, niveau de consommation, chômage…)
     
    B – Les conséquences des décisions de la FED et du Trésor en matière immobilière.
     
    1° Le renoncement à la croissance
     
    La première des conséquences anticipables est un nouveau recul des prix de l’immobilier ancien et de la construction de nouveaux logements. Abstraction faite de l’effet de cette contraction sur la croissance du PIB, c’est à une chute de la consommation et à une remontée de l’épargne qu’il faut s’attendre. Le FED et le Trésor ont omis de préciser que si la dette souveraine devenait une préoccupation première, et l’immobilier une préoccupation seconde, alors le ralentissement allait être provoqué par leur changement de politique de crédit public. L’abandon de l’immobilier aux forces impuissantes du marché en l’état actuel des finances des institutions prêteuses et de la titrisation privée ne peut manquer d’entraîner une rechute économique. Voilà une manière habile d’omettre un constat dérangeant : la reprise est entièrement à crédit et en renonçant au soutien à l’immobilier, la porte a été grande ouverte à un retour de la crise.
     
    2° Les actifs des GSE et les garanties publiques.
     
    Une créance ne vaut que ce que vaut son débiteur garant du remboursement du principal et de l’intérêt, à défaut, c’est le bien lui-même qui devient la contrepartie du Crédit : le logement peut être saisi. Les actifs des GSE détenus par la FED et ou garantis par le Trésor n’échappent pas à ce fait. Or depuis la crise de 2008, les actifs des GSE et des agences américains sont garantis en dernière analyse par la FED et le Trésor. Et en dernier ressort, c’est le Trésor qui garantit la dette des agences et des GSE.
     
    Faisons l’hypothèse que dans les mois qui viennent l’économie américaine fasse une rechute et que les prix immobiliers baissent. Que peut-il arriver ?
     
    1° La perte de crédibilité de la FED – Les contreparties
     
    La FED, disions-nous possède 1119 Md de RMBS des GSE et 159 Md de dette des agences. Les conséquences d’une dégradation de la situation de l’immobilier et de l’économie sont complexes. D’abord la dévalorisation des prix immobiliers ne peut qu’entraîner un écart croissant entre la valeur du principal restant du et de la valeur effective de ses contreparties tangibles : les logements. Les RMBS étant évalués à la valeur du principal restant du par la FED, il est clair qu’il y a un écart entre la valeur des RMBS et des dettes des agences détenus par la FED et la valeur de leur contrepartie qui fondra avec la baisse des prix immobiliers. Il y a un risque de perte de crédibilité du bilan de la FED, bilan déjà fragile et entretenu au prix d’une estimation très optimiste de la valeur des créances possédées.
     
    2° Les types de créances détenues par la FED – flux de principal et intérêt
     
    Ce bilan s’avère extrêmement fragile quand on examine plus en détail les créances des GSE. Pour ce qui est de dettes proprement dites, nous ne savons pas très bien de quoi elles sont faites, de même que nous ne connaissons pas la liste précise des agences concernées. Leur volume relativement réduit n’en fait pas un problème inquiétant.
     
    Il n’en est pas de même pour les RMBS des GSE. Pour les RMBS émis avant 2009, une fraction est douteuse. Ces titres peuvent ne plus générer de flux de principal et/ou d’intérêt. Ce sont des créances mortes inscrites au bilan de la FED. Pour ce qui est de la fraction des RMBS sains, ils comportent le même risque que les RMBS émis en 2009-2010 : se dégrader avec un approfondissement de la crise sous l’action de la montée du nombre des emprunteurs défaillants. La dégradation des flux de principal et d’intérêt sur les RMBS est le second facteur de décrédibilisaton du bilan de la FED
     
    3° La couverture de la FED par les institutions de dépôt.
     
    Pour ce qui est de la couverture comptable des achats de RMBS en 2009, elle a été assurée par une augmentation historique des réserves des institutions de dépôts à la FED. Ces réserves sont à ce jour de 1090 Md de $. (http://www.federalreserve.gov/releases/h3/current/h3.htm). Une rechute de l’immobilier aurait pour effet de rendre incontournable le fait suivant : la contrepartie - déjà dégradée - des transferts de fonds des institutions de dépôts se dégraderait un peu plus : baisse des prix des maisons servant de gage aux créances hypothécaires, problème croissant concernant les flux de remboursement et d’intérêt des emprunteurs. La décrédibilisation du bilan de la FED conduirait insensiblement à poser la question de la valeur des contreparties des fonds de réserve transférés à la FED par les institutions de dépôts. Or ces transferts font partie du bilan des banques, unions de crédit et caisse d’épargne qui détiennent l’essentiel des actifs de crédit aux particuliers et aux entreprises et sont les grands opérateurs du marché financier.
     
    4° Crise du cofinancement de l’immobilier.
     
    Le renoncement de la FED à financer sa part de l’immobilier résidentiel via les achats de RMBS nouveaux ne peut que conduire à une double réduction de la base financière des opérations immobilières dans le neuf et dans l’ancien. La FED en faisant défection rompt l’alliance tacite passée avec les investisseurs privés. Il ne peut que s’ensuivre une dégradation de l’immobilier marquée par le rempli de la FED et des acheteurs privés de RMBS : les institutions financières. D’où l’enclenchement par la FED d’un processus de remise de l’immobilier dans les mains du marché dont il ne peut résulter qu’une baisse des prix des logements et des activités de vente et d’achat de biens immobiliers neufs et anciens.
     
    C’est la relance de la crise immobilière dans le cadre d’une reprise économique en échec que les pouvoirs publics savent ne plus pouvoir financer à crédit.
     
    5° Panique sur les fonds des GSE
     
    Dans de telles conditions, le retrait de la FED du marché immobilier ne peut que conduire à un risque de Crash sur les RMBS des GSE. Ce Crash se produira dès lors que les RMBS des GSE apparaîtront extrêmement dangereux dans un contexte de dégradation économique pesant sur les financements de l’immobilier, les emprunteurs ; les garanties publiques auparavant offertes par la FED par le Trésor étant forcloses (FED) ou inefficaces (Trésor). Le processus de Crash obligataire s’est déjà produit en 2008-2009 quand les détenteurs des RMBS des GSE ont voulu s’en débarasser. Ce même processus peut donc se reproduire sur une échelle plus vaste. La FED ne pourra pas faire grand chose, elle a passé la main ; le Trésor se retrouvera en première ligne
     
    C – Le trésor ou le rôle du Trésor – Le sauveteur naufragé.
     
    1° La patate chaude de l’immobilier.
     
    On nous objectera à juste titre que le retrait de la FED ne vaut pas pour le Trésor qui garantit déjà les pertes des GSE à hauteur de 400 Md de $. Et sur ce total, ce sont un peu plus de 100 Md de $ qui ont été engagés à ce jour. Reste donc 300 Md de $ de fonds en réserve.
     
    D’abord notons que ces 300 Md de $ ne sont pas dépensés, il faudrait à nouveau emprunter ou faire des économies sur d’autres postes budgétaires ou de dépenses pour faire face à des incidents sur les obligations des GSE. Et dans ce cas le Trésor, se substituant à la FED, devrait acquérir des titres des GSE dont la FED veut se défaire au rythme de leur amortissement. Or si la FED réalise cette opération, c’est pour soutenir les émissions de titre de dette du Trésor à maturité longue. La patate chaude de l’immobilier peut bien passer de la FED au Trésor, un tel transfert est absurde. Cette absurdité montre que les USA sont à la limite de faire de la cavalerie, c’est l’ultime argument des Etat-faillis avant la banqueroute.
     
    2° Une dette insupportable.
     
    Une nouvelle crise sur les titres de dette des GSE pèserait d’un poids insupportable sur les finances publiques car si une nouvelle crise éclate sur les RMBS, elle aura le défaut d’être générale. Tous les investisseurs voudront se débarrasser de ces obligations dans un contexte de dégradation de l’économie, de la santé financière des emprunteurs, de chômage croissant et de chute des prix de l’immobilier faute de base financière suffisante.
     
    Mais à combien se monte le volume de créances des GSE dont 75 à 80 % est titrisé : environ 6000 Md de $ au T-1 2010 dont pour Ginnie Mae, Freddie mac et Fannie mae majoritairement composé de crédits hypothécaire résidentiels. (http://www.federalreserve.gov/econresdata/releases/mortoutstand/current.htm). Un calcul plus large fait apparaître une dette des agences et GSE de plus de 8000 Md de $. Mais à ce niveau la précision comptable n’a plus vraiment d’importance.
     
    Avec une dette de marché de 13364 Mde de $ (15-08-2010 Tresor : debt to the penny http://www.treasurydirect.gov/NP/NPGateway). Le trésor, déjà inquiet pour le financement de ses bons du Trésor à long terme, se trouve dans la stricte incapacité de faire face à une crise obligataire sur les RMBS des GSE.
     
    3° La mèche longue de l’immobilier
     
    Et pourtant le Trésor garantit explicitement les produits financiers des GSE et leur bilan depuis 2008. Le financement parapublic (GSE-FED-Trésor) de l’immobilier menace les USA d’une crise financière à côté de laquelle la crise, dite improprement, des subprimes est une aimable plaisanterie. Les deux dettes se sont alimentées l’une à l’autre. Les GSE ont pu poursuivre leurs opérations immobilière grâce à l’endettement de la FED s’appuyant sur un secteur financier finançant ces achats de RMBS et fournissant en même temps une partie complémentaire de leurs acheteurs privés. Et l’opération s’est toujours faite à l’ombre du Trésor, garant en dernier ressort. Il est donc normal que la dette revienne au Trésor par le truchement du renoncement de la FED à soutenir l’immobilier. C’est donc le Trésor qui est exposé à un risque financier de 19 500 Md de $ en comptant court et 21 500 Md de $ en comptant large.
     
    La mèche longue de l’immobilier est donc allumée. Elle procède plus discrètement que l’accroissement de la dette financière qu’alimente un train de dépenses publiques démentielles depuis l’automne 2008. Elle n’en constitue pas moins une très sérieuse menace, une menace d’autant plus dangereuse qu’elle s’enracine dans l’économie américaine alors que la dette financière dépend beaucoup plus directement des politiques financières publiques (FED + Trésor). C’est le type même du risque qui agit par derrière, bref qui précipite des crises financières de grande ampleur.
     
    Conclusion.
     
    Le renoncement de la FED à soutenir l’immobilier résidentiel pour se porter acquéreur de bons du Trésor est un tournant de la crise. La question de la dette souveraine ne se pose pas seulement en termes de capacité ou de volonté des investisseurs dans un contexte où le mot ralentissement de la reprise est un euphémisme pour masquer la faillite de la relance et les illusions entretenues par le crédit public. Il y a deux voies qu’une nouvelle crise financière peut suivre pour déstabiliser l’Etat fédéral et sa dette souveraine. L’échec de la reprise posera au Trésor des problèmes dans les mois à venir : souscriptions difficiles, taux d’intérêt à la hausse. Il faudra alors réduire la voilure financière plus sérieusement que cela n’a été fait aujourd’hui. C’est ouvrir la voie à une récession qui pourrait bien prendre la forme d’une dépression. Le Crash lent de l’économie américaine est dorénavant certain. L’effondrement financier est hautement probable. Les USA ne cheminent plus à côte d’un précipice, en changeant de cap, ils sont allés dans sa direction.
     
    Les mécanismes du retour de la crise peuvent suivre la voie immobilière avec un effet paradoxal. Ce risque, moins direct, est plus dangereux. Un Crash obligataire sur les titres des GSE a le potentiel d’ouvrir la voie à une crise des finances fédérales : le trésor se trouvant dépassé par le Crash se trouverait automatiquement entraîné dans la tourmente car il n’est plus possible d’établir une cloison étanche entre la dette des GSE et la dette fédérale. Dans ce cas, le Crash sur les RMBS de 2009 se transformera en crise générale des finances publiques incorporant la dette des GSE. Et c’est bien dans cette direction que vont les USA après que le fusible de la FED ait discrètement disjoncté en août 2010. Le Crash rentré de 2009 ne pouvait être liquidé que dans le cadre d’une reprise endogène véritable stimulant les prix immobiliers. Il continue d’agir à la manière d’un facteur de crise n’ayant pas fait jouer son potentiel de dévastation.
     
    On peut évidemment penser que le Trésor pourrait de nouveau s’accoquiner avec la FED pour faire tourner la planche à billet. D’abord, cette expression n’a plus de sens dans un contexte où l’émission de monnaie au sens strict n’est plus un moyen de financer les Etats. En finançant à plus de 1000 Md de $ la FED, les banques ont sans doute atteint la limite du financement raisonnable de cette institution. Le Trésor ne peut plus leur vendre des titres sans engager les USA dans une politique supposant que la contraction du crédit privé permette d’alimenter en ressource financière le crédit public. C’est ce qui se passe depuis 2008 avec des impacts nuls sur une reprise endogène. La crise peut bien nourrir le crédit public ; mais la dépense publique inefficace ouvre la crise du Crédit public avec ces deux voies.
     
    L’échec avéré de la reprise ouvre donc la voie à la déflation de la production et des actifs tangibles et financiers dont la valeur a été gonflée artificiellement par l’importation d’épargne étrangère et le financement à découvert de l’immobilier. Les phénomènes économiquement aberrants produits par 30 ans de décousu libéral et du tout-marché accompagnée par la servilité des politiques publiques conduisent inévitablement les USA vers une crise économique et financière plus profonde. La déflation générale est virtuellement là
     
    Nous en avons maintenant l’intime conviction : c’est le scénario noir qui est en train de prendre le pas sur les vaines espérances de la reprise. La course contre la montre entre reprise et croissance de la dette a été perdue en 2010 après que le déficit budgétaire ait été discrètement revu à la baisse au T-1 et T-2 2010. Le pari de l’administration Obama de faire de la croissance en utilisant un Keynésianisme débridé a fait long feu : 12 mois, la croissance vertigineuse de la dette n’aura guère duré plus longtemps : 16 Mois. La croissance aura fait illusion durant 9 Mois (T-3 2009 à T-1 2010). Quel Bilan !!!
     
    Faute de politique alternative l’administration américaine se retrouve au milieu du gué sans pouvoir aller de l’avant ou de l’arrière. Elle va être emportée par le flot de la dette et/ou de la déflation. Il restera alors que la banqueroute ou l’hyperinflation. Dans les deux cas, l’intermède du nouvel ordre mondial se terminera. D’ailleurs, ce nouvel ordre ressemblant à l’ancien en pire, n’avait pas d’avenir. En perdant le frêre-ennemi soviétique, les USA ont perdu un partenaire indispensable à la régulation de leurs actions intérieures et extérieures.
     
    Le résultat ne s’est pas fait attendre : 21 ans après l’effondrement du mur de Berlin et 19 ans après l’effondrement de l’URSS, les USA sont menacés par un même processus de décomposition de leur contrôle impérial du monde. La puissance unipolaire est en train de disparaître avec les coups qu’elle a porté à son système économique –depuis les années 80 – à l’ordre financier dont elle est encore le centre –depuis le milieu des années 90) et les inégalités croissantes dont elle a conjuré 30 ans d’effet politique négatif en gonflant artificiellement la valeur des patrimoines immobiliers. La crise immobilière qui menace de faire basculer le Trésor dans une crise fondamentale est la juste revanche de la dégradation longue de l’économie et des rapports sociaux de production voulue par des élites globalitaires, élites incapables de penser les effets déstructurant d’une globalisation irréfléchie dont ils tiraient richesse et gratification.
     
    Cette oligarchie aveugle, cupide et incompétente a sur les couches de la Nomenklatura soviétique en fin de course deux désavantages : elle poursuit ses propres intérêts sans paraître avoir compris la crise, elle ne paraît pas douter des modes de fonctionnement dont elle tire prestige, pouvoir, puissance et richesse. Et surtout, elle dispose de la plus gigantesque accumulation de système d’arme en temps de paix 8000 $ de $ constant ont été dépensés depuis 1995 (BEA Table 3.9.6. Real Government Consumption Expenditures and Gross Investment, Chained Dollars 2005). Dans les périodes de transformation, la conservation des avantages de la puissance et le monopole des armes ne font pas bon ménage quand les changements s’imposent à une puissance qui voit son avenir lui glisser des mains.
     
    Onubre Einz - Crise Usa Blog
     
     
    20/08/2010 - Les marchés obligataires sont ils en situation de bulle?
     
    Le spectre d'une autre bulle menace l'épargne des investisseurs : celle qui est en formation dans le marché obligataire.
     
    Après la bulle techno du début des années 2000 et la bulle immobilière aux États-Unis, le spectre d'une autre bulle menace l'épargne des investisseurs : celle qui est en formation dans le marché obligataire.
     
    Derrière le sentiment de sécurité que les obligations procurent se cache un danger, celui d'un dégonflement du prix des obligations, disent les experts.


    Voici pourquoi. En réaction à la crise financière de 2008, les investisseurs ont quitté la Bourse pour se réfugier dans le marché obligataire. Conséquence : la forte demande de cette catégorie d'actifs a fait bondir les prix et a réduit les rendements de façon spectaculaire. Aux États-Unis, le rendement des obligations fédérales de 10 ans est descendu jusqu'à 2,9 % en juillet, un creux historique nettement au-dessous du rendement moyen de 4,44 % affiché par ces obligations au cours des années 2000.

    Ruée vers les fonds obligataires
     
    Entre juin 2009 et juin 2010, les investisseurs canadiens ont retiré 6,7 milliards de dollars (G$) des fonds d'actions et ont acheté pour 11 G$ de fonds obligataires, selon l'Institut des fonds d'investissement du Canada. Scénario semblable aux États-Unis. Pendant la même période, les investisseurs ont retiré 9 G$ US des fonds d'actions américains et ont acheté pour 376 G$ US de fonds d'obligations, selon l'Investment Company Institute.
     
    De l'inquiétude dans l'air
     
    Les experts sont inquiets. " Les investisseurs ne le réalisent peut-être pas, mais dans un tel contexte, ils s'exposent à un risque en investissant dans le marché obligataire ", dit Gabriel Lancry, administrateur associé, Gestion de patrimoine, et conseiller chez ScotiaMcLeod. " Il sera difficile de réaliser un rendement positif à court terme si les taux d'intérêt, historiquement bas, augmentent. "
     
    Une simple hausse de 1 % des taux pourrait par exemple faire chuter le prix d'une obligation de 10 ans munie d'un coupon de 3 %, de 100 à 92,90 $ (une perte de 7,1 %).
     
    " Le risque est réel, puisque historiquement l'inflation refait surface après une reprise, dit Mathieu D'Anjou, économiste principal au Mouvement Desjardins. Cela pousse les banques centrales à hausser leur taux directeur, ce qui provoque une chute des prix des obligations, surtout celles de long terme. "
     
    D'autres experts craignent moins qu'une chute du marché obligataire survienne. En effet, certains prévisionnistes ne sont pas convaincus que la sortie de récession se produira comme les reprises précédentes, et entrevoient même une déflation.
     
    " Si l'inflation se maintient autour de 1 % à long terme, les obligations fédérales, aux taux actuels, demeureraient intéressantes ", affirme Jean-Luc Landry, gestionnaire de portefeuilles chez Landry-Morin, dans son dernier bulletin financier.
     
    Yvan Fontaine, premier vice-président et cochef de l'investissement chez Addenda Capital, reste lui aussi optimiste. Le marché est cher, reconnaît-il, mais on n'y voit pas les caractéristiques d'une bulle.
     
    " Habituellement, une bulle est créée par des investisseurs qui cherchent des rendements élevés. Or, une obligation du gouvernement du Canada de cinq ans rapporte seulement 2,25 % actuellement ", souligne celui dont la firme gérait, au 30 juin dernier, un actif de 34,3 G$ composé essentiellement d'obligations.
     
    Les États pourraient débalancer le marché
     
    Si la direction que prendra les taux d'intérêt sera déterminante pour le marché obligataire, un autre danger pointe à l'horizon : les émissions massives d'obligations de la part des différents paliers de gouvernement.
     
    Pour financer leurs plans de sauvetage bancaire, leurs programmes de relance et leur déficit budgétaire creusé par la récession, les gouvernements du monde émettent des obligations. Si l'offre dépasse largement la demande, le prix des obligations chutera, prévient M. D'Anjou. " Nous constatons déjà ce phénomène dans les pays européens en difficulté, comme la Grèce et l'Espagne, où les prix des obligations ont chuté et les taux obligataires ont monté. "
     
    Selon M. Fontaine, le Canada est davantage à l'abri de secousses obligataires que d'autres pays. Pourquoi ? La demande d'obligations y est telle qu'elle compense l'offre. " La demande étrangère a été particulièrement prononcée au Canada ", souligne-t-il.
     
    Les obligations canadiennes sont très populaires en raison des déboires financiers des pays européens. Les investisseurs qui boudaient le Vieux Continent ont alors privilégié le Canada et l'Australie.
     
    MOINS DANGEREUX QU'UN KRACH BOURSIER
     
    Un krach obligataire peut porter un dur coup aux épargnants, mais pas autant que l'éclatement d'une bulle boursière.
     
    " Une bulle obligataire n'est pas aussi dangereuse, car si l'émetteur ne fait pas faillite, l'investisseur continuera à recevoir ses coupons d'intérêt, explique Alain Roch, président de Blue Bridge. Par contre, la valeur économique de ces coupons, c'est-à-dire leur pouvoir d'achat, pourrait être moindre si l'inflation est plus élevée. "
     
    Par exemple, le taux d'intérêt des obligations du gouvernement américain de 10 ans s'établit à environ 2,9 %. Si l'inflation grimpait à 3 %, il serait donc impossible d'en tirer un rendement net positif. Par contre, comme le prix de remboursement de l'obligation et le coupon sont connus d'avance, l'investisseur touchera le gain escompté à échéance, à moins que l'émetteur ne soit plus en mesure de payer.
     
    En raison de ces caractéristiques, une bulle obligataire est appelée " bulle défensive ". " Les investisseurs se sont réfugiés dans ces titres pour protéger leur capital, sachant qu'ils ne réaliseraient pas des rendements élevés, dit Mathieu D'Anjou, économiste principal au Mouvement Desjardins. La crainte d'une nouvelle baisse des marchés boursiers les a poussés à opter pour des placements monétaires qui ne rapportent presque rien et des obligations qui procurent un rendement de 2 % en moyenne. "
     
    Le comportement des investisseurs a été différent lors de la bulle technologique du début des années 2000. Ils se jetaient sur les actions des secteurs liés aux technologies de l'information dans l'espoir de réaliser rapidement de forts gains.
     
    Pas de chute soudaine à craindre
     
    Une bulle boursière a la particularité de se dégonfler soudainement. Ainsi, l'indice Nasdaq est passé d'un sommet historique de 5 048 points à moins de 2 000 points entre mars 2000 et septembre 2001. Il s'établit actuellement à environ 2 300 points.
     
    Pour sa part, le dégonflement de la bulle obligataire sera lent, parce que la hausse des taux d'intérêt et l'émission d'obligations se feront progressivement, précise M. D'Anjou.
     
    Toutefois, au bout de 10 ans, un nombre important d'obligations seront échues. L'investisseur qui aura choisi des émetteurs de qualité pourra alors renouveler son portefeuille en achetant des titres obligataires plus avantageux.
     
    Ainsi, un investisseur conscient du danger pourrait structurer son portefeuille de façon à protéger son capital contre la bulle obligataire. Par exemple, il pourrait mettre l'accent sur les titres à court terme et les cotes de crédit élevées. En résumé, il est possible d'y échapper.
     
    CINQ FAÇONS DE VOUS PROTÉGER
     
    1. Évitez les obligations à long terme
     
    " Les obligations à échéance de 10 ans et plus sont les plus risquées actuellement, car leur prix baisse davantage que les obligations à court terme lorsque les taux augmentent ", dit Gabriel Lancry, de ScotiaMcLeod. Pour vous prémunir, diversifiez les échéances de vos obligations, de manière à ce que des placements arrivent à terme année après année. Ainsi, si les taux montent, vous pourrez acheter des obligations qui offrent de meilleurs rendements. Ce faisant, réduisez l'échéance moyenne de votre portefeuille obligataire à cinq ans ou moins.
     
    2. Souspondérez les obligations du gouvernement fédéral
     
    Les obligations du gouvernement du Canada sont les moins rémunératrices actuellement, selon Mathieu D'Anjou, du Mouvement Desjardins. " Les obligations municipales, provinciales et de sociétés sont plus attrayantes, surtout s'il y a une relance économique durable. "
     
    3. Achetez du solide
     
    " L'enjeu est de trouver des obligations sécuritaires ", souligne M. Lancry. Un exemple ? Les obligations américaines pourraient perdre leur statut de valeur refuge si l'administration Obama ne prend pas de mesures énergiques pour améliorer les finances publiques. Pour atténuer le risque, évitez de trop concentrer votre capital dans un émetteur ou un secteur, recommande Alain Roch, de Blue Bridge.
     
    4. Prudence avec les fonds obligataires
     
    " Au lieu d'investir dans un fonds d'obligations, achetez directement des titres obligataires, car vous contrôlerez mieux le risque ", dit M. Roch. Vous saurez, par exemple, qui sont les émetteurs et quelle est l'échéance moyenne des obligations en portefeuille.
     
    5. Misez sur les dividendes
     
    " Réduisez votre exposition aux obligations en achetant des actions privilégiées et des actions ordinaires qui versent de solides dividendes ", suggère M. Lancry. Vous vous assurerez ainsi des revenus réguliers.
    Les affaires

    30/07/2010 - Le déficit est plus élevé aux Etats-Unis qu'en Grèce.

    Des économistes lancent un cri d’alarme sur la dette américaine

     
    La situation est pire qu’en Grèce selon Laurence Kotlikoff et des chercheurs à l’université de Fribourg (Allemagne). Par contre la situation des finances publiques suisses est saine, même si l’on prend en compte les promesses financières faites aux générations futures.

    «Chaque dollar que le gouvernement (américain) dépense ou reçoit peut être référencé de tellement de façons que l’on peut presque présenter le niveau d’endettement officiel que l’on aimerait», écrit dans le Financial Times Laurence Kotlikoff, professeur à l’université de Boston: «C’est pourquoi l’emploi de la dette publique pour juger du caractère durable des finances d’un pays, comme l’a fait le G20, correspond à conduire une voiture à Los Angeles avec la carte de New York.»

    Il importe donc d’aller au-delà des chiffres de dette publique déclarée (explicite) et d’y ajouter les promesses et engagements pris par les gouvernements mais non comptabilisés (dette implicite).

    Laurence Kotlikoff et trois académiciens de l’université de Fribourg (Allemagne) ont ainsi évalué le véritable trou financier et estimé la valeur actuelle de tous les engagements financiers futurs et de toutes les recettes futures. Pour la Grèce, ce déficit fiscal est de 11,5% du PIB en prenant en compte les dernières mesures d’austérité. Pour les Etats-Unis, il est encore pire et atteint 12,2% du PIB. Cela signifie que pour remettre à flot le ménage américain, il faut serrer la ceinture de 12,2% chaque année. L’effort requis est herculéen car il intègre les efforts déjà inscrits dans les plans financiers des prochaines années. Or, le bureau du parlement américain (CBO) a déjà pris pour hypothèse de travail la mise en œuvre de mesures d’austérité portant sur 7,2% du PIB par an jusqu’en 2020. Kotlikoff et ses partenaires demandent donc que l’effort de 12,2% s’ajoute aux 7,2% déjà prévus.

    La Suisse, le meilleur élève

    Les mêmes chercheurs de l’université de Fribourg, mais sans Kotlikoff, ont, l’année dernière, publié une autre étude sur les écarts de dettes totales (explicites et implicites) entre les pays, en prenant pour base l’année 2004 et en faisant un réel «bilan générationnel» (y compris les promesses aux générations futures). Il en ressort que la Suisse n’a pas seulement les finances publiques les plus saines, mais aussi qu’elle dispose d’une fortune nette équivalant à 99,8% du PIB, grâce à des actifs implicites positifs à hauteur de 155% du PIB. Par contre, les Etats-Unis étaient les plus mal classés, avec une dette totale de 624,5% du PIB, dont une dette implicite de 567%.

    Le temps.ch
     
    source: http://minuit-1.blogspot.com/2011/04/vers-la-faillite-des-usa.html
    « Histoire de la maison Rothschild – La Dépression (1849 – 1852) A lire : "Chroniques de Gaza", par le Pr. Christophe Oberlin »

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