• Il y a six ans, le mensonge et la démagogie

     

    Il y a six ans, le mensonge et la démagogie

     

     

    Le 29 mai 2005, les Français étaient consultés par réferendum sur le projet de traité constitutionnel européen (TCE). Cette consultation populaire a été précédée, beaucoup s’en souviennent, un grand débat dans tout le pays. Au point que même l’immodeste papa dudit traité [1] s’en était félicité : « C’est une bonne idée d’avoir choisi le référendum, s’est réjoui Valéry Giscard d’Estaing [2], à condition que la réponse soit oui. »
    Malheureusement pour le battu de 1981, c’est le non qui l’a emporté. Un victoire nette et sans bavure : 54,68%. Avec un taux de participation jamais vu aux élections européennes depuis très très longtemps, et pas même aux dernières régionales ou cantonales : 69,34% ! Résultat : il n’y aura sans doute plus jamais de referendum, cette « vérole antidémocratique » [3], sur l’Europe. Les bons « démocrates » qui nous gouvernent alternativement se sont entendus pour adopter entre eux (c’est plus commode et plus sûr) un traité de remplacement au contenu identique : le traité de Lisbonne. Et il s’est trouvé des socialistes (en nombre) et des Verts pour prêter main forte à ce hold-up de la volonté populaire [4]. Cela ne s’oublie pas.
    Politis du 2 juin 2005Comme ne s’oublient pas les belles promesses qu’ils avaient faites pour tenter de convaincre les électeurs de voter Oui, étant entendu que les partisans du Non étaient des « menteurs » [5], des « analphabètes » [6], « des réactionnaires, des néo-conservateurs, des néo-communistes, des néo-cons » [7], des soutiens de G.W Bush [8], mais aussi (allez comprendre) des partisans de « quelque chose de plus dirigiste que la Chine communiste d’aujourd’hui » [9] tentés par une « régression bolchevique » [10], des « socialistes nationaux » [11]. Et bien évidemment des « populistes » ouvrant la porte au... fascisme, nous prévenait Martine Aubry [12].
    Six ans plus tard, alors que le traité de Lisbonne (TCE bis) est en vigueur, chacun peut juger de la valeur de leurs analyses et prédictions au regard de la réalité économique, sociale et politique de l’Union européenne. Régalez-vous.

    Il y avait les prophètes de la peur.

    - Nicolas Sarkozy : « Si la France disait non ce serait un séisme en Europe. » (Vidéo ici)

    - Pierre Lellouche [13] : « Si vous votez "non" au référendum on s’expose à un risque de guerre. »

    - François Bayrou, en réunion publique [14] : « Je vous le dis de toutes mes fibres [si le non l’emporte], il pleuvra plus de quarante jours ! »

    - Jacques Delors [15] : « Une victoire du “non” provoquerait un cataclysme politique en France. »

    - Jack Lang [16] : «  Si la France vote non, nous serons privés de Jeux Olympiques. »

    - Ségolène Royal, inoubliable quand elle nous expliquait qu’une victoire du Non l’obligerait à privatiser les cantines scolaires de Poitou-Charente. Un grand moment de télévision.


    Segogo l’Europe et les cantines par jules-ferry-2

    Les éternels eurobéats.

    - Dominique Strauss-Kahn [17] : « Jamais un traité européen n’avait assigné à la construction européenne des objectifs aussi proches de ceux des socialistes. »

    - Jack Lang (encore !) [18] : « C’est le plus progressiste de tous les traités européens jamais conclus. […] Refuser ce traité – il faut que les Français le sachent – c’est livrer la France, notre pays, au vent destructeur du libéralisme et du capitalisme sauvages ! […] Ce traité est une arme pour faire avancer l’Europe sociale et la France sociale »

    - Dominique Reynié, dans une conférence à Nanterre (15 février 2005) : « Le traité, moi je le considère comme parfait. » Espérons pour lui qu’il ne le critique pas depuis. « Les vrais libéraux ont bien lu le texte et n’en veulent pas », déclarait-il encore sur I-Télé, le 22 mars 2005. Ce politologue éclairé dirige maintenant la Fondation pour l’innovation politique, émanation de l’UMP, qui comme chacun sait n’est pas plus libéral que M. Reynié.

    Et toutes les promesses qui n’engagent que ceux qui y croient.

    - François Hollande [19] : « Pour la première fois, le plein-emploi, l’économie sociale de marché, le développement durable sont des objectifs pour l’Europe. » Chacun l’a remarqué en effet.
    - Bertrand Delanoë et Dominique Strauss-Kahn (bis !) [20] : « Il faut ratifier ce texte car, pour la première fois, il dessine l’Europe que nous voulons : une Europe politique et sociale. »

    - Julien Dray [21] : « Oui, pour aller de l’avant dans les conquêtes sociales, il n’est d’autre avenir que la Constitution de l’Europe. »

    - François Bayrou au JT de France 2 : « Le siècle ne sera pas le même » (vidéo ici).
    - Jacques Chirac à la Sorbonne (26 avril 2005) : « L’adoption de la Constitution européenne donnera naissance à une Europe ambitieuse qui fera résolument le choix d’une harmonisation sociale par le haut, c’est-à-dire le refus du dumping social. »

    - Jean-François Copé [22] : « La Constitution nous apportera un ministre des affaires étrangères qui nous permettra de parler d’une seule voix tout en gardant la nôtre. »
    J’arrête là la liste, mais je vous encourage à la compléter dans les commentaires de ce blog.

    Aujourd’hui, confrontés que nous sommes à l’impuissance de l’Europe face à une crise de l’euro qui menace son existence, au regard du nombre croissant d’Etats mis sous tutelle financière et livrés au FMI, les partisans du Oui en 2005 devraient être morts de honte. J’écris "devraient" à dessein car je ne suis pas sûr qu’ils le soient, comme l’affirme avec optimisme Jean-Luc Mélenchon dans une tribune publiée par Marianne. Mais enfin, c’est vrai qu’il devraient. Et puis, pour paraphraser notre penseur cosmoplanétaire qui n’ignore rien des pratiques du petit personnel dans les grands hôtels new-yorkais [23], on peut être néo-libéral par conviction, par commodité ou par paresse, mais ce qui n’est pas respectable, c’est la démagogie, le mensonge.


     

     

     

     

     

    Notes

    [1] « C’est un texte facilement lisible, limpide et assez joliment écrit : je le dis d’autant plus aisément que c’est moi qui l’ai rédigé... » Les plus vieux d’entre vous auront reconnu l’Ex, sa majesté Giscard d’Estaing (France 2, 21 avril 2005).

    [2] Le Monde, 6 mai 2005.

    [3] Dixit Alain Minc (Le Figaro, 11 avril 2005).

    [4] Pour retrouver leur nom, reportez vous à cette page de mon blog ou directement au relevé du vote sur le site de l’Assemblée nationale.

    [5] C’était l’argument le plus courant. Exemple : « Les partisans du Non ont distillé dans les cerveaux le poison du mensonge. » (Jack Lang, Le Parisien, 18 avril 2005).

    [6] Michel Rocard, Le Journal du dimanche in Marianne, 19 février 2005.

    [7] Denis MacShane, Ministre britannique des Affaires Européennes, in Marianne, 16 avril 2005.

    [8] « Dire oui au traité, c’est plus que jamais dire à Bush que nous ne le laisserons pas faire. Dire non, c’est apporter un soutien de plus à ce fauteur de guerre, c’est déstabiliser l’Europe et donc faire le jeu de l’impérialisme américain. » (Jack Lang, cité par Libération 5 novembre 2004)

    [9] Alain Duhamel, RTL, 15 novembre 2004.

    [10] Olivier Duhamel, ancien député européen socialiste, La Tribune de Genève, 13 mai 2005.

    [11] Jacques Julliard, Le Nouvel observateur, 4 avril 2005.

    [12] Le Non, « c’est du populisme, c’est ce qui a conduit l’Italie d’autrefois à ce que l’on sait ».

    [13] "Tout le monde en parle", France 2, 26 avril 2005.

    [14] Le Monde, 31 mars 2005.

    [15] Le Monde 19 mars 2005.

    [16] RTL, in Marianne, 9 avril 2005.

    [17] Le Nouvel Observateur, 11 novembre 2004.

    [18] RTL, le 24 mars 2005.

    [19] France Inter, 14 mars 2005.

    [20] Le Monde, 3 juillet 2004.

    [21] Assemblée nationale

    [22] France Info, 3 février 2005.

    [23] Bernard-Henri Lévy : « On peut, bien entendu, être hostile à la construction de l’Europe. […] Ce qui n’est pas respectable, c’est la démagogie, le mensonge – ce qui n’est ni respectable ni supportable, c’est la prise en otage des peurs et des mécontentements au profit d’une idéologie et d’un choix qui ne disent pas leur nom » (Le Point, 24 avril 2005).

    source: http://www.politis.fr/Il-y-a-six-ans-le-mensonge-et-la,14330.html

     

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