• Libye : un rapport discordant

    Libye : un rapport discordant 
    par William Lacourneuve, Analyste Militaire

    mardi 7 juin 2011, par Comité Valmy


    soldier looks at a map of Libya’s war theater at NATO’s southern Europe headquarters in Naples, Italy. (Ciro De Luca / Reuters)


    Alors que la France, suivie par la Royaume-Uni, a décidé de déployer ses hélicoptères de combat pour accentuer la pression sur le régime de Kadhafi, un rapport indépendant dénonce les « illusions » de cet engagement en Libye et « l’aventurisme coupable, voire le machiavélisme cynique » des puissances occidentales qui soutiennent une insurrection aux faux airs de « révolution ».

    Ce rapport d’une cinquantaine de pages, qui doit être rendu public dans les prochains jours et que TTU a pu parcourir, est le compte rendu d’une mission organisée par une délégation internationale d’experts pour évaluer, sans parti pris, la situation libyenne.

    Composée de membres appartenant au Centre international de recherches et d’études sur le terrorisme et d’aide aux victimes du terrorisme (CIRET-AVT) — dont son président est le préfet Yves Bonnet, ancien directeur de la DST —, au Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R) et de personnalités indépendantes, comme l’ancienne ministre algérienne Saïda Ben Habyles, la délégation s’est rendue durant trois semaines, en avril, à Tripoli et dans la région ouest du pays, ainsi qu’à Benghazi et en Cyrénaïque pour y rencontrer les représentants des deux parties.

    Fruit de ces entretiens et observations sur le terrain, le rapport de mission, sans formuler de recommandations, livre des conclusions très critiques à l’égard de la résolution 1973 des Nations unies et la « très excessive interprétation » de cette résolution faite par la France, le Royaume-Uni et les Etats-Unis, qui ouvre implicitement la voie à une intervention terrestre, voire à l’assassinat politique.

    La présence de services de renseignements aux côtés des insurgés et le recours aux unités de forces spéciales seraient un contournement manifeste des dispositions de cette résolution et relèveraient de l’ingérence. Les auteurs de ce rapport s’interrogent, par ailleurs, sur les motivations de cette intervention militaire. Selon eux, le contrôle des ressources énergétiques est au cœur des stratégies à l’œuvre. Les Etats-Unis voudraient ainsi renverser Kadhafi pour bouter la Chine hors du pays. L’Egypte ne verrait que des avantages à une partition du pays, qui n’a jamais accepté le rattachement de la Cyrénaïque et des réserves pétrolières à Tripoli.

    La France a, quant à elle, vu dans la crise libyenne l’occasion de reprendre l’initiative diplomatique. Le départ de l’Elysée de deux des proches conseillers de Nicolas Sarkozy et fins connaisseurs du dossier libyen – Claude Guéant au ministère de l’Intérieur et Bernard Bajolet, le coordonnateur national du renseignement, comme ambassadeur en Afghanistan – a ouvert une brèche à l’influence de Bernard-Henri Lévy et de l’émir du Qatar pour obtenir la reconnaissance et le soutien du Conseil national de transition (CNT).

    Le rapport s’alarme de cet engagement « irréfléchi » de Paris, qui fait le jeu de l’administration américaine, laquelle s’est bien gardée d’afficher ses objectifs et a laissé la France prendre tous les risques. D’autant que le CNT, du fait de sa composition hétéroclite (« une coalition d’éléments disparates aux intérêts divergents ») n’offre, selon les auteurs du rapport, aucune garantie quant à la mise en œuvre d’un projet politique national, de nature démocratique et à même de préserver les intérêts des puissances engagées.

    Si les auteurs se gardent bien de défendre le Guide, rappelant la nature dictatoriale du régime de Kadhafi, ils s’inquiètent de la présence au sein du CNT de représentants des courants prônant l’instauration d’un islam radical, de nostalgiques de la monarchie et de nouveaux convertis de l’ancien régime, qui ne laissent aucune marge de manœuvre aux « vrais démocrates ». Et de prévenir : « l’Occident doit prendre garde qu’il ne soit pas remplacé par un régime plus radicalement anti-occidental et tout aussi peu démocratique ».

    Les hélicos du “Tonnerre”

    La présence d’hélicoptères de combat (2 Tigre HAP, 8 Gazelle Viviane, 2 Gazelle Canon et 4 Puma) et de forces spéciales à bord du BPC “Tonnerre”, en route pour la Libye, laisse naturellement planer un doute sur une éventuelle intervention au sol. D’autant qu’une dizaine de transports chalands de débarquement sont embarqués à bord du “Tonnerre”.

    Certaines sources estiment que le déploiement de ces hélicoptères serait essentiellement lié à l’utilisation par les forces de Kadhafi de voilures tournantes pour frapper les rebelles, que l’aviation otanienne n’est pas en mesure d’abattre sans risquer de graves dommages collatéraux en zone urbaine. La présence des Tigre et des Gazelle permettrait ainsi de dissuader l’utilisation d’hélicoptères par les forces fidèles au colonel Kadhafi.

    Peu de doute, en revanche, sur la destruction de la flotte loyaliste, incapable de sortie en mer et essentiellement utilisée comme batterie côtière. La sécurité du “Tonnerre”, qui est un bâtiment doté d’une coque aux standards civils (non renforcée), nécessitait l’élimination préalable de cette menace. Une opération au sol reste cependant peu probable et, d’ailleurs, Pékin et Moscou n’accepteraient pas une telle escalade. Par ailleurs, elle nécessiterait de modifier la résolution 1973, peut-être même d’en voter une nouvelle.

    CNT : Tiraillements internes

    Comme l’ont montré les manifestions organisées le 23 mai à Benghazi, le CNT libyen est confronté à des difficultés dans les régions qu’il contrôle. La Coalition du 17 février, basée à Benghazi, connaît en particulier des tiraillements avec des composantes tribales du nouveau pouvoir, basées à Derna, et des personnalités vivant à l’étranger, notamment au Qatar.

    Certaines factions demandent que le chef du conseil exécutif du CNT, Mahmoud Djibril, soit dessaisi du portefeuille des Affaires étrangères et que l’ancien ambassadeur libyen en Inde, Ali Aissaoui, soit intégré à l’organigramme du CNT. Bien qu’il ait été le premier ambassadeur à rallier les insurgés, Aissaoui reste en effet sur la touche, comme le montre son absence de la délégation du CNT qui s’est rendue à Moscou au début de cette semaine, dirigée par Abdel Rahman Chalgam, ancien ministre des Affaires étrangères et ancien ambassadeur à l’ONU.

    http://africadefensejournal.wordpress.com/2011/05/27/libye-un-rapport-discordant/

    source: http://www.comite-valmy.org/spip.php?article1537

    « 32 signes qui montrent que le monde entier se transforme en une prison futuriste de style Big Brother Merkel en Inde : vente de chasseurs et édification d’un monde nouveau »

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